Pierre Pinoncelli, peintre et familier des happenings, est mort

L’artiste Pierre Pinoncelli, à Saint-Rémy-de-Provence, en janvier 2006.

Les conservateurs du Centre Pompidou vont pouvoir respirer : le cœur de Pierre Pinoncelli a cessé de battre. Il fut un temps leur bête noire pour avoir rendu Fountain, l’urinoir de Marcel Duchamp à sa vocation première, en s’y soulageant en 1993 lors d’une exposition au Carré d’art de Nîmes (il l’avait également gratifié d’un coup de marteau) et récidivé lors de l’exposition consacrée en 2006 au mouvement Dada par le Musée national d’art moderne. Des procès s’étaient ensuivi. L’iconoclaste est mort à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) le 9 octobre, à l’âge de 92 ans.

Né Pierre Pinoncély à Saint-Etienne, le 15 avril 1929, il avait exercé plusieurs métiers, dont certains forts peu courants, avant de se consacrer à la peinture. Mais dès sa première exposition, en 1962, il a témoigné d’une forte appétence pour un art engagé et a reçu le soutien de Michel Ragon, un bel anarchiste mais aussi un des critiques d’art les plus influents de l’époque, qui racontait – dans un documentaire de Virgile Novarina, L’Artiste à la phalange coupée – que ces peintures « ne ressemblaient à rien d’autre. »

Pinoncelli non plus. En 1966, il pose l’empreinte de sa main comme une estampe sur des tableaux aux sujets plutôt lestes avant de se la coller sur la figure, et se promener le visage ainsi peinturluré : c’est le début de ses happenings, genre dont il est un des pionniers en France. Il en fera plus de 70.

L’« exubérance des idées »

Passe encore de se faire enterrer vivant à Saint-Tropez, mais attaquer André Malraux, venu poser la première pierre du Musée Chagall de Nice, au pistolet à eau rempli de peinture rouge, c’était aller un peu loin. Honneur à l’ancien combattant de la guerre d’Espagne, Malraux lui arracha l’arme et l’aspergea à son tour. L’artiste fut incarcéré : des psychiatres identifièrent une « hypomanie », un trouble mental caractérisé notamment par l’« exubérance des idées ». Le diagnostic semble rétrospectivement juste.

La preuve quelque temps plus tard quand, uniquement vêtu des bandelettes, il proteste contre la guerre du Biafra. A un journaliste qui lui demande si choquer les gens sert à quelque chose, il répond : « C’est la seule manière de les remuer un peu… » En 1975, pour contrer un projet de jumelage entre Nice et Le Cap, en Afrique du Sud, alors sous le régime de l’apartheid, il braque une banque, armé d’un fusil et réclame au caissier la somme symbolique de 10 francs. Heureusement pour lui, le policier qui l’arrêta était le même que celui qui l’avait ceinturé lors de l’affaire Malraux, ce qui lui épargna de se faire tuer sur place.

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