« Pig » : Nicolas Cage de retour dans un film noir inclassable

Nicolas Cage (Rob) dans « Pig », de Michael Sarnoski.

L’AVIs DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Combien de réalisateurs ont rêvé d‘orchestrer le retour en fanfare de Nicolas Cage, l’acteur inoubliable de Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola, Sailor et Lula de David Lynch, Volte/face de John Woo, Snake Eyes de Brian De Palma ? Le mirifique flambeur existentiel – femmes, voitures, rôles et châteaux en pagaille – semblait précipité depuis la mi-temps des années 2000 dans une sorte de purgatoire artistique sans fin.

Il sera dit que Michael Sarnoski, à la faveur d’un premier long-métrage attachant et finement mené, a remporté cette gageure. Sinon en fanfare, du moins en intelligence et en sensibilité. Deux décisions fructueuses doivent être à cet égard relevées. La première consiste à imaginer un récit qui met en abyme le trou d’où va sortir le coucou Cage. La seconde est de démarrer un récit de vengeance, type polar ou western (un tueur rangé des voitures sort de sa retraite pour se refaire une santé sur une montagne de cadavres), mais de le cuisiner tout autrement.

Tout commence dans la nature somptueuse et automnale d’une forêt des environs de Portland, dans l’ouest lointain de l’Oregon. Là, retiré avec une truie dans une cabane pourrie, sans douche ni téléphone, la tignasse grise hirsute, en haillons et mitaines, mutique, Rob (Cage, non reconnaissable au premier coup d’œil) fait métier de chercheur de truffes. Ghetto blaster d’où émane, via une cassette, le rire d’une femme. Truck antique recouvert d’une bâche. Paillasse de la truie au pied de son lit. On se dit qu’une sérieuse secousse existentielle l’a conduit, il y a déjà longtemps, dans cette retraite. On serait tenté de le laisser à son expiation érémitique si, en pleine nuit, des assaillants masqués ne lui cassaient la figure et s’en allaient en ayant capturé l’animal.

Jeu de piste étrange

Concurrents indélicats ? Jaloux pathologiques ? Vieilles connaissances revenues régler un compte courant depuis sa vie antérieure ? Ne connaissant à peu près rien ni du présent ni du passé du personnage, le spectateur se perd en conjectures. Et vous savez – ô lecteurs ! – comme il est de bon augure, pour le spectateur que vous pourriez devenir, d’ainsi se perdre en conjectures ! Bien arrangé par sa nuit, Rob s’en ouvre à son grossiste le lendemain, un certain jeune Amir, dandy qui porte beau, roule en coupé Chevrolet Camaro jaune vif, et lui apporte quelques conserves en échange d’un gros Tupperware rempli de truffes.

C’est donc en sa compagnie que Rob, légèrement coupé du monde, va se lancer à la recherche de sa truie, retournant sur sa piste à Portland, où ses anciennes attaches vont petit à petit se révéler. On suspendra donc ici la relation de ce récit, pour n’évoquer que la sensation du jeu de piste étrange au gré duquel l’identité mystérieuse de Rob, qui connaît apparemment la ville comme sa poche, apparaît progressivement aux yeux d’Amir. On y croisera une arène de combats clandestins, un restaurateur frelaté, un potentat sans scrupule. On y verra une scène pascalienne d’anthologie entre deux chefs de cuisine. On y entendra des imprécations apocalyptiques et, vers le générique de fin, une version cristalline de I’m on Fire, de Bruce Springsteen, par l’actrice et chanteuse folk Cassandra Violet. On y assistera au combat immémorial entre la haine et l’amour, la colère et le pardon, la souffrance et la résurrection.

Il vous reste 18.01% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.