Placements en faveur du climat : gare au « greenwashing »

Investir son épargne dans des placements permettant d’agir contre le réchauffement climatique : voici la belle promesse des fonds « climat ». Face à l’engouement des investisseurs – épargnants privés comme professionnels –, l’offre se démultiplie, drainant des flux d’épargne conséquents. Selon Morningstar, au premier trimestre 2021, parmi les dix fonds les plus souscrits dans le monde, six étaient des supports consacrés au climat.

Mais une étude de la chaire de recherche Scientific Beta de l’Edhec Business School, publiée fin septembre, dresse un constat très sévère sur ces produits.

Selon ses auteurs, les fonds climat ne remplissent pas leurs promesses. Pire, ils se livrent à du greenwashing en communiquant largement sur leur utilisation de données relatives au climat alors que ces dernières sont prises en compte de manière marginale dans leurs stratégies d’investissement.

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« Le greenwashing c’est très simple, assure Noël Amenc, professeur de finance à l’Edhec et coauteur de l’étude avec Felix Goltz et Victor Liu. Il suffit d’affirmer que l’on utilise des données extrafinancières et en fait ne pas s’en servir. On s’arrange pour avoir quand même de bons résultats afin de pouvoir communiquer sur la réduction de l’empreinte carbone ou sur la température du fonds. »

L’objectif climatique pas toujours bien défini

Pour aboutir à ces conclusions, les chercheurs se sont penchés sur la composition des indices boursiers « climat », sur une période de dix ans (2011 à 2020). Ces indices sont très utilisés en finance car ils servent de référence aux fonds. Les produits indiciels de type exchange-traded funds (ETF) se contentent même de les répliquer. Leurs noms sont évocateurs : MSCI World Climate Change, FTSE Developed ESG Low Carbon Select, S&P 500 Paris-Aligned Climate…

Pourtant, l’étude démontre que les données climatiques « ne représentent en moyenne que 12 % des déterminants de la pondération des actions des portefeuilles ». Autrement dit : la construction de ces indices repose à 88 % sur des critères financiers bien classiques et notamment sur la capitalisation boursière des sociétés. C’est encore plus marqué dans les stratégies affichant un objectif plus large, de type ESG (environnement, social, gouvernance).

Dans ces cas-là, les critères climatiques n’expliquent plus que 7 % des choix d’allocation. Pour les experts de l’Edhec, des stratégies reposant sur de tels indices ne devraient pas avoir l’autorisation de se prétendre respectueuses du climat. Autre élément d’inquiétude : l’étude révèle que la composition de ces indices n’évolue pas de manière cohérente dans le temps en fonction de leur objectif climatique.

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