Plongée dans le cinéma étrange et malsain d’Emilio Miraglia

Barbara Bouchet dans « La dame rouge tua sept fois »(1972), d’Emilio Miraglia.

L’éditeur Artus continue, avec quatre nouveaux titres, son exploration féconde d’un cinéma populaire italien longtemps passé sous les radars de la critique. Trop fauchés, trop triviaux, trop vulgaires, souvent distribués en France dans d’obscures et poussiéreuses salles de quartier, ces films retrouvent, voire trouvent, à la faveur de l’émergence et de l’affirmation d’une sorte de cinéphilie pop contemporaine, d’un soupçon de nostalgie, d’une volonté paradoxale d’ennoblissement, une existence, désormais plus légitime. A moins de mettre cette résurrection sous le signe d’une confusion des temps.

« La dame rouge tua sept fois » reprend les recettes du giallo, ce type de films policiers, construits sur la sédimentation de séquences de meurtres barbares

Les Contrebandiers de Santa Lucia d’Alfonso Brescia (1979) fait partie de ce sous-genre que fut le polar napolitain. Flic en jeans de Bruno Corbucci (1976) sera la première apparition d’un personnage incarné ensuite dix fois à l’écran par le grand Tomas Milian, le brigadier Nico Giraldi, flic grossier et astucieux, géniale figure romaine et prolétarienne particulièrement truculente. Mais il faut sans doute, de cette nouvelle livraison, retenir les deux autres titres signés d’ailleurs d’un même réalisateur, le mystérieux Emilio P. Miraglia, auteur de six films entre 1967 et 1972 et puis plus rien. L’Appel de la chair et La dame rouge tua sept fois sont deux thrillers, respectivement réalisés en 1971 et 1972, tournés à une époque où le genre était très populaire en Italie.

La dame rouge tua sept fois reprend les recettes du giallo, ce type de films policiers, construits sur un alliage de violence et d’érotisme et sur la sédimentation de séquences de meurtres barbares. Une vague que le succès de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, en 1970, avait engendrée. Le mystère flirte avec le fantastique dans ce récit où une série d’assassinats semble trouver son origine dans une malédiction ancestrale et familiale vouée à se répéter tous les siècles. Cette intrusion de la légende, au cœur d’un récit policier aux ressorts prosaïques, confère une étrange qualité à une œuvre qui ressemble à un conte de fées sombre, érotique et macabre à la fois.

Dimension surnaturelle

Mais c’est sans doute L’Appel de la chair, tourné un an avant, qui se distingue par son étrangeté et sa manière quasiment héroïque de ne douter de rien. Le récit du film, dont le titre italien se traduirait par « La nuit où Evelyn est sortie du tombeau », se situe en Angleterre (quoiqu’il fut sans doute tourné aux environs de Rome). Un richissime lord anglais, mentalement perturbé depuis la mort de sa femme, emmène régulièrement des stripteaseuses ou des prostituées rousses chez lui, un château à l’intérieur duquel une salle de torture médiévale voisine avec un salon à l’ameublement ultramoderne. Il les fouette à mort au terme d’un rituel sexuel avant, devine-t-on, de se débarrasser de leur dépouille. Il épouse, sur un coup de tête, une jeune femme croisée un soir et semble, depuis son mariage, être l’objet de visions macabres, notamment celle du cadavre de sa femme, revenue à la vie. S’il relève, in fine, du récit classique de machinations, dans la lignée des Diaboliques de Clouzot, le film effleure une dimension surnaturelle.

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