Plongée dans l’histoire, Hugo en majesté, transidentité… : onze BD pour bien aborder l’été

« Marathon », de Nicolas Debon.

LA LISTE DE LA MATINALE

Deux adaptations de Victor Hugo, la réédition de chefs-d’œuvre épuisés, un marathonien oublié, une plongée dans l’histoire récente de l’Algérie, un témoignage sur la transidentité… figurent au menu de notre dernière sélection avant la pause estivale.

« Marathon » : un champion chassé des mémoires

C’est l’histoire d’une course. Celle du marathon des Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam (Pays-Bas). Encore éprouvées par la boucherie de la Grande Guerre, les plus grandes nations y ont envoyé leurs meilleurs athlètes. Il y a là les Américains, « les mieux soignés, les mieux chaussés, les mieux nourris », les Anglais, l’équipe « la plus solide des Jeux », mais aussi les Japonais, « des athlètes déterminés et redoutables », les Italiens « de Mussolini », les Allemands « exclus des Jeux depuis l’armistice »… Et puis il y a la France, avec son équipe hétéroclite et son « petit Arabe », Boughéra El Ouafi, ouvrier chez Renault Billancourt dans le civil et que personne ne voit aller très loin. Deux heures, trente-deux minutes et cinquante-sept secondes plus tard, c’est pourtant lui, « le petit mécano qu’on ne remarquait pas », l’enfant d’Ouled Djellal (Algérie), qui franchit en premier la ligne d’arrivée de l’Olympisch Stadion. Une surprise. Un triomphe.

Pour faire revivre cette histoire chassée de nos mémoires, Nicolas Debon a pris le parti de plonger son lecteur au cœur de la course. Page après page, on suit les athlètes au fil des kilomètres, on souffre avec eux dans le vent des polders, on s’enflamme quand ils remontent des concurrents, on s’inquiète quand ils approchent du « mur » des 30 kilomètres… On ne sait rien de ce qu’il s’est passé avant la course. On ne saura rien de ce qu’il s’est passé ensuite. Mais l’histoire tient en haleine jusqu’à la fin, servie par un dessin aux couleurs sépia, qui plonge le lecteur dans l’atmosphère de l’époque. L’album se termine par quelques pages documentaires, utiles pour ceux qui veulent (re)découvrir l’histoire d’El Ouafi, l’« athlète oublié », qui fut exclu par la Fédération française d’athlétisme deux ans après son exploit olympique et mourut dans l’indifférence en 1959. Cédric Pietralunga

« Marathon », de Nicolas Debon, Dargaud, 128 p., 19,99 €

« Un été » : mauvais « trip » à Bari

« Un été », d’Alessandro Tota

Si la bande dessinée emprunte souvent au cinéma, on dira d’Alessandro Tota qu’il a fondu et enchaîné deux pans éloignés de l’humour burlesque au grand écran : celui de la comédie à l’italienne des années 1950 et celui du déjanté Very Bad Trip (2009). C’est en effet dans un bien mauvais « trip » que se trouve embarqué Claudio après qu’il a répondu aux avances de la jeune Myrtille, croisée dans un parc de Bari bien connu des toxicos de la capitale des Pouilles. Le garçon a rompu avec ses potes punk et marginaux pour frayer avec l’entourage de sa copine, des réacs pervers et hygiénistes qui ne le portent guère dans leur cœur. La confrontation impromptue de deux mondes que tout sépare va tourner à la virée sauvage, sur fond de champignons hallucinogènes et de lutte des classes. Une étonnante aquarelle rouge accentue le caractère givré de cette truculente étude de caractères. Frédéric Potet

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