« Poète chilien », une ode aux pères et mères fondateurs du pays

Poeta chileno (« poète chilien », éditions Anagrama, 2020, non traduit) tisse un roman qui chante une ode à la poésie chilienne. Gonzalo, aspirant poète puis enseignant, devient le beau-père du petit Vicente, qui, adolescent, se convertit lui-même à la poésie. L’auteur, Alejandro Zambra, poète également, signe un succès littéraire qui a ému et tenu en haleine son pays d’origine – il vit maintenant au Mexique – dans une prose se développant sur plus de deux décennies, à partir de 1991, au sortir de la dictature. Les personnages, attachants, avancent et trébuchent au fil des années. Ce livre « éblouit par la simplicité, l’humour et l’originalité de l’écriture », s’enthousiasme le journal en ligne chilien El Mostrador.

Les 424 pages de Poeta chileno émeuvent aussi parce qu’elles racontent un amour choisi et la question de la transmission. Gonzalo, le père adoptif, interroge son lien avec le petit Vicente : déçu par le mot qu’il juge laid en espagnol de « padrastro », il cherche des traductions alternatives et opte pour la version française de « beau-père » – statut si peu exploré dans la littérature au Chili. « Le couple, l’amour, la formation, le don du mot se déroulent avec générosité dans la prose et la poésie de Zambra, qui accouche d’une œuvre tendre et lumineuse », rapporte le quotidien La Tercera.

Oralité espagnole, intimement chilienne

Ancrés dans leur génération, leur quartier de la capitale, Santiago, dans l’oralité espagnole intimement chilienne, les personnages dessinent sans arrêt les contours du pays. Pru, une journaliste américaine, apporte un regard extérieur. Elle cherche une idée d’article qui dise la singularité chilienne pour des lecteurs étrangers. Les chiens de rue, peut-être ?

« Au Chili, on a de jolis paysages et du bon vin mais, pour moi, personnellement, le mieux c’est la poésie », fanfaronne Pato, un ami poète (encore !) de Vicente, auprès de la journaliste. Voilà cette dernière embarquée dans une hagiographie poétique du pays andin, à travers des figures contemporaines du genre, réelles ou inventées, dont une a cette formule : « Etre poète chilien, c’est comme être chef péruvien, ou footballeur brésilien, ou top-modèle vénézuélienne. »

Lire la critique de « Neruda » : Dans les pas d’un poète traqué

Mais l’auteur fait surgir aussi des grands noms du passé, comme les pères et mères fondateurs du Chili : Gonzalo Millan, Nicanor Parra, Gabriela Mistral, Vicente Huidobro, Pablo Neruda… Les poètes s’imposent comme des « héros nationaux, figures légendaires », analyse la journaliste américaine, médusée.

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