Portrait de groupe d’une « Genera+ion » désenchantée, sur Canal+

Riley (Chase Sui Wonders) et Chester (Justice Smith) dans « Genera+ion », série créée par Daniel et Zelda Barnz.

CANAL+ – JEUDI 30 SEPTEMBRE À 21 H 10 – SÉRIE

Des adolescents qui couchent, envoient des photos de leurs parties intimes, parlent mal à leurs parents, écoutent du rap bien gras tout en se gavant de sucre… Il n’y a plus grand monde pour s’offusquer de voir à l’écran des jeunes vivre leur vie de jeunes. Et Genera+ion (le + à la place du « t » renvoie au + accolé à la fin de LGBTQ+) n’ajoute pas beaucoup d’eau au moulin de la série pour ados de notre temps.

Avec ses personnages queer, fluides, travaillés par les hormones et bruyamment politisés, la création de Daniel et Zelda Barnz marche ouvertement dans les pas d’Euphoria, autre série pour ados aussi crue mais plus sombre, produite par HBO. Diffusée sur HBO Max, la plate-forme de streaming de la chaîne câblée américaine, Genera+ion semble s’adresser à un public un peu plus jeune, d’où peut-être ces blagues scatologiques qui rappellent l’époque American Pie, ces parties d’action ou vérité terminées par des baisers en forme de trahison. Cela n’explique pourtant pas pourquoi un événement aussi sérieux – un déni de grossesse qui se finit par un accouchement dans les toilettes d’un centre commercial – soit traité avec autant de désinvolture.

Les semaines qui précèdent cette naissance sont racontées par de multiples retours en arrière, à travers les vies croisées d’une poignée d’ados californiens qui fréquentent le même club LGBTQ+ de leur lycée. Le centre de gravité de ce petit groupe qui passe beaucoup de temps à se regarder le nombril est un adolescent queer joué, comme souvent dans ce type de série au contenu explicite, par un adulte.

Talents naissants

Justice Smith, 25 ans bien sonnés et un des visages les plus intéressants de la nouvelle vague d’acteurs américains, avait auditionné pour interpréter le rôle du conseiller d’orientation (finalement joué, avec un charme dingue, par l’Anglais Nathan Stewart-Jarrett). L’acteur s’est vu au bout du compte proposer le rôle de Chester, ado métisse et non-binaire, dont les crop tops bariolés et la manie d’exposer son torse lui valent d’être régulièrement sanctionné pour infraction au code vestimentaire du lycée.

Il est la révélation de la série, qui aimante les regards et attire la tendresse. Ses partenaires peinent à exister face à ce corps de danseur et ce sourire solaire, autour duquel la caméra tourne comme un papillon de nuit autour d’une ampoule.

Genera+ion n’a pas grand-chose de plus à offrir que cela, un écrin pour talents naissants, et ce n’est déjà pas si mal. Pour le reste, la série filme sans point de vue les affres d’un sexe adolescent réduit aux pratiques et à la technique, et n’émeut que lors de quelques envolées lyriques – une virée en décapotable sur du Sébastien Tellier – qui saisissent, même fugacement, la joliesse de cet âge-là.

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