Pour atteindre la souveraineté numérique, l’Europe doit faire bloc

Dans son premier observatoire «Techno & Souveraineté Numérique», Telecom Paris décortique les conditions pour que l’UE joue un rôle plein aux cotés des Etats-Unis et de la Chine .

La pandémie a poussé sur le devant de la scène la question de la souveraineté numérique et technologique de l’Union européenne. Dans son premier observatoire «Techno & Souveraineté Numérique», Télécoms Paris pose le débat. Le premier constat tient au caractère incontournable de la souveraineté numérique, qui sous-tend tous les autres secteurs économiques et politiques. «Les technologies numériques sont les outils indispensables de notre souveraineté énergétique», affirme Cédric Lewandovski, directeur exécutif- Directeur du parc nucléaire et thermique, groupe EDF.

«Aucune entreprise ne dispose de toutes les technologies, de toutes les compétences pour tout faire elle-même, tout au long de sa chaîne de valeur», établit le rapport. La question sous-jacente est donc celle de la souveraineté numérique dans un monde interdépendant. Or, dans un monde constitué de trois blocs, les États-Unis, la Chine et l’Europe, cette dernière doit se renforcer si elle ne veut pas que son rôle se limite à jouer les utilités. Les pays membres de l’Europe ne peuvent pas se permettre de faire cavalier seul, alors que l’Union des vingt-sept « doit offrir un écosystème compétitif, avec le couple franco-allemand en tête de pont», tranche Nicolas Glady, directeur de Télécoms Paris. Sans cela, le risque est de voir filer tous les talents, ces jeunes formés en France, qui partent aux États-Unis, attirés par des salaires plus attractifs. «Les deux autres blocs, La Chine et surtout les États-Unis, offrent des environnements plus attractifs. Il faut que les états européens soutiennent leurs champions comme la Chine soutient les siens», ajoute Nicolas Glady.

Rééquilibrer le rapport de force

Une balkanisation des marchés européens ne permet pas aux entreprises locales d’atteindre une taille critique ou de profiter pleinement d’économies d’échelle. Mais pour autant, il serait illusoire de croire que les Européens peuvent faire rimer indépendance et souveraineté. La dépendance est acceptable si elle est réciproque. «Il faut analyser les chaînes de valeur. Certains champions américains se reposent sur des technologies européennes», ajoute Nicolas Glady. Apple dépend ainsi en partie des solutions de cybersécurité mises en place par Thales.

«L’important est de sortir de l’écueil où l’on veut tout faire soi-même», ajoute David Bounie, responsable du département Sciences économiques et sociales à Telecom Paris. Il serait ainsi illusoire de vouloir bâtir un cloud européen en se privant du savoir-faire des leaders du secteur, qui sont américains. «Le principe d’une exploitation sous licence de solutions européennes dans le cadre de Gaia-X semble judicieux», précise David Bounie. Inutile de réinventer la poudre, cela prendrait trop de temps de repartir de zéro. Les entreprises sont définies comme des «assembleurs». Dès lors, «l’autarcie n’a pas de sens et l’interdépendance est la norme». Tout est question de rapport de force.

«Les trois aspects, économiques, sociaux et juridiques doivent être appréhendés en même temps», ajoute Nicolas Glady. En cela, l’amorce de changement de paradigme de la doctrine européenne en termes de concurrence apparaît comme un signal positif.