« Pour Emmanuel Macron, la transition écologique est avant tout une transition technologique »

Emmanuel Macron s’exprime lors de la présentation du plan d’investissement « France 2030 » à l’Elysée, le 12 octobre 2021.

Avec l’ouverture, dimanche 31 octobre, de la conférence de Glasgow (Ecosse) sur les changements climatiques (COP26), l’actualité devrait être à nouveau rythmée par les promesses, les objectifs, chiffrés ou non, et les engagements des responsables politiques ou des capitaines d’industrie. En ce genre d’occasions, la question des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les buts poursuivis est généralement éludée, ou ramenée à une question subsidiaire sans importance, un peu comme si la parole politique avait le pouvoir de s’imposer aux lois de la nature.

Cette question, celle du « comment », entremêle deux enjeux étroitement connectés. Le premier est celui de l’avenir du système technique, le second, celui de l’évolution culturelle des sociétés. Le premier est omniprésent dans le débat public, le second en est à peu près absent. On le voit, jusqu’à la caricature, dans les récentes déclarations des dirigeants des plus gros exportateurs d’hydrocarbures, comme l’Arabie saoudite ou l’Australie.

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« J’annonce aujourd’hui l’objectif zéro émission de l’Arabie saoudite d’ici à 2060 grâce à une stratégie d’économie circulaire du carbone », a ainsi déclaré, le 26 octobre, Mohammed Ben Salmane, le prince héritier du royaume. L’engagement princier repose entièrement sur les technologies futures (et très probablement imaginaires) qui permettront de brûler tout le pétrole du sous-sol et de circulariser tout le carbone produit. Le premier ministre australien, Scott Morrison, a dit la même chose, à la date (2050) et au combustible (le charbon) près.

Maintenir nos façons de faire

Loin d’être aussi caricatural, Emmanuel Macron mise, lui aussi, face au défi climatique, sur d’hypothétiques révolutions technologiques plutôt que sur des évolutions sociales et culturelles. Le discours de présentation du plan France 2030, prononcé le 12 octobre, suffit pour s’en convaincre. Déploiement du premier avion bas carbone d’ici la fin de la décennie, de petits réacteurs nucléaires modulaires, de l’hydrogène « vert », mise en production de deux millions de véhicules électriques et hybrides… L’agriculture ? Le mot « agro-écologie » n’apparaît nulle part dans le discours présidentiel, et tout l’avenir de nos campagnes s’y trouve réduit à ce triptyque : « le numérique, la robotique, la génétique ».

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Le mot « sobriété » n’apparaît pas non plus dans le discours présidentiel, quand les mots « innovation », « innovant » sont prononcés à plus de soixante-dix reprises. Il n’est évidemment pas anormal ni très surprenant de parler d’innovation dans un discours sur la relance industrielle du pays. Mais l’ample discours du 12 octobre – qui occuperait quelque dix pleines pages du Monde – est bien plus que la simple annonce d’un grand plan structurant la réindustrialisation de la France face au défi environnemental et climatique.

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