« Pour éviter l’extinction du journalisme en Afghanistan nous avons besoin de la solidarité internationale »

Tribune. Nous sommes des journalistes afghans, d’opinions politiques et d’ethnies différentes. Certains sont encore en mesure de travailler, d’autres sont cachés à Kaboul ou dans le reste du pays, et d’autres encore parmi nous sont déjà en exil ou en chemin. Nous sommes tous contraints à l’anonymat pour lancer cet appel, du fait des risques pour nos vies. Nous ne voulons pas d’une extinction du journalisme en Afghanistan, comme ce fut le cas entre 1996 et 2001. Il y a urgence.

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Nous lançons aujourd’hui un appel solennel aux institutions internationales pour obtenir des engagements concrets de la part des nouveaux dirigeants de l’Afghanistan, dans le cadre des négociations en cours. A Kaboul, déjà, moins d’un septième des femmes journalistes continuent à travailler. En dépit des engagements publics des talibans, nous percevons les premiers signes visibles d’une répression générale : aux menaces des journalistes sur le terrain, à l’intimidation des rédactions, à la censure déguisée ont vite succédé des arrestations arbitraires suivies de torture.

Indépendance des médias

Nous demandons à ceux qui veulent le bien de l’Afghanistan et de sa population de se mobiliser pour le futur du journalisme afghan, quel que soit le scénario dans les prochains mois. Nous réclamons une mobilisation pour la liberté de la presse dans notre pays, pour la préservation des acquis de ces vingt dernières années s’agissant de l’indépendance des médias, du pluralisme et de la protection des journalistes. Il est de la responsabilité des institutions internationales de s’assurer du respect du pacte relatif aux droits civils et politiques, ratifié par l’Afghanistan.

Les journalistes en exil devraient bénéficier de facilités pour qu’ils continuent à exercer leurs fonctions

Nous avons besoin de vous pour assurer la pérennité du journalisme en Afghanistan. Cela suppose des moyens pour encourager le maintien ou la réouverture des médias afghans. Il est essentiel de permettre à nos consœurs ainsi qu’à toutes les collaboratrices des médias de retrouver leur poste de travail et d’exercer leur profession en toute sécurité. Le comité des médias tripartite créé le 21 août doit aussi donner des garanties qu’il sera bien un outil au service de la liberté de la presse et non de répression des journalistes.

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A court terme, nous avons besoin d’un soutien puissant pour les évacuations des journalistes en danger, en y consacrant tous les moyens diplomatiques, consulaires et financiers nécessaires. Les journalistes en exil devraient bénéficier de facilités pour qu’ils continuent à exercer leurs fonctions.

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