Pour François Baroin, le président de l’AMF, les maires vivent une crise inédite

Pour le président de l’Association des maires de France (AMF), François Baroin, qui ne sollicitera pas de nouveau mandat lors du congrès de l’AMF, qui se tiendra du 16 au 18 novembre à Paris, les maires élus ou reconduits aux élections municipales de 2020 « vivent depuis plus d’un an, avec la crise du Covid-19, un moment qui n’a aucune référence, pour aucune génération d’élus ». Déjà, cette crise, qui se prolonge depuis début 2020, a bouleversé la tenue des élections, entraînant une séparation de quinze semaines entre le premier tour, le 15 mars, et le second, le 28 juin. Ces élections ont également été marquées par une abstention record : 55 % au premier tour, 58 % au second. Le lien de proximité avec les citoyens en a été affecté.

Les conséquences de la crise se répercutent bien au-delà des conditions de leur élection. « Celle-ci a frappé tous les acteurs publics : les gouvernements, bien sûr, mais aussi les acteurs locaux, de la même manière, poursuit le maire (Les Républicains, LR) de Troyes. La santé est la prérogative de l’Etat, le Parlement, à la demande du gouvernement, a voté un cadre dérogatoire au droit commun tout à fait hors norme puisqu’on a presque créé un “article 16 sanitaire” [l’article 16 de la Constitution accorde au président de la République des pouvoirs exceptionnels dans le cadre de l’état d’urgence] pour faire face à cette situation. Je n’ai pas de jugement là-dessus, il fallait sans doute un cadre général pour gérer cette politique. »

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Ce n’est pas, estime-t-il, ce qui a été la cause du malaise des maires, notamment des élus ruraux. Plusieurs facteurs se sont entremêlés. Le premier tient à la mise en œuvre verticale des politiques décidées par le pouvoir et les administrations centrales. « Il y a eu un sentiment de dépossession immédiat de la part des élus locaux, d’être traités et considérés comme des filiales de l’Etat, alors que les maires, depuis la période napoléonienne, ne sont pas à la nomination du gouvernement. Ils sont mandatés par les électeurs, ils ont le devoir de produire des services publics de proximité et de garantir la cohésion sociale », déplore le président de l’AMF.

« Recentralisation extrême »

Alors que, dans le même temps, les élus locaux ont dû pallier les carences de l’Etat central. « Ils ont été au four et au moulin, constatant un Etat très souvent largement dépassé, assure M. Baroin, n’hésitant pas à charger la barque. Au fond, ils ont dû faire tout ce que l’Etat n’était pas en mesure de faire, que ce soit sur les masques, les tests ou les vaccinodromes, avec à la fois beaucoup d’agilité et beaucoup de dépendance, dans un système bureaucratique et de suradministration qui n’a cessé de se renforcer. »

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