Pour la réalisatrice de « Nomadland » Chloé Zhao, un parfum d’exil à Hollywood

La réalisatrice Chloé Zhao.

La phrase lui échappe presque. « C’est chez moi. » Et puis elle vous propose de tendre l’oreille, de l’approcher de l’écran de ­l’ordinateur avec lequel elle donne l’interview en visio. Si l’on écoute bien, même à distance, depuis Paris, on peut entendre ses chiens et ses poules. Ce « chez moi », c’est une ferme des montagnes Topatopa, à une heure de route de Los Angeles. La réalisatrice Chloé Zhao y vit avec son compagnon, Joshua James Richards, directeur de la photographie de ses trois films. Elle répète : « C’est chez moi. »

Longtemps, Chloé Zhao a cru qu’avoir un foyer resterait pour elle un fantasme, un luxe seulement accessible à certains. Son parcours raconte ce nomadisme. Elle est née à Pékin, fille d’un magnat de la sidérurgie en Chine autrefois à la tête d’un géant du secteur propriété du pouvoir communiste, est passée par un internat à Londres, avant de terminer son lycée en Californie et d’étudier à l’école de cinéma de New York University.

« Je vais vous expliquer une chose si importante à mes yeux. Je suis originaire du nord de la Chine. Quelque part, je possède les caractéristiques de ses habitants : ils ne sont guère discrets, ne se laissent jamais faire. Je suis la ­descendante de producteurs de riz. Chez eux, comme chez moi, il y a ce besoin soudain de partir, d’aller voir ailleurs. » Elle est donc souvent allée voir ailleurs.

Vagabonds d’un nouveau type

Dans Nomadland, son troisième long-métrage, elle raconte une itinérance. Le film est l’adaptation de l’enquête du même nom de la journaliste Jessica Bruder. Constatant qu’après 2008, la crise des subprimes mettait des familles entières à la rue, la journaliste avait suivi, pendant trois ans, des seniors qui, après avoir investi leurs dernières économies dans l’achat d’un van customisé, devenaient des nomades dans leur propre pays.

Héritiers des métayers des Raisins de la colère, ils incarnaient les hobos – ces vagabonds américains allant de ville en ville à la recherche de petits boulots – d’un nouveau type, transformés malgré leur âge en main-d’œuvre bon marché, passant d’un emploi à un autre : tantôt employé d’un ­entrepôt Amazon, tantôt d’un parc d’attractions ou d’un camping.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Arizona, les chemins de traverse du rêve américain

Nomadland a remporté l’Oscar du meilleur film, le 26 avril. Il a aussi valu à Chloé Zhao la statuette de la meilleure réalisation, faisant d’elle la ­deuxième femme à obtenir cette récompense, après Kathryn Bigelow pour Démineurs (2009), et la première de nationalité chinoise. Une récompense qui l’a vue faire la « une » de tous les journaux américains, avec notamment une photo prise lors de la cérémonie, où elle était coiffée de deux tresses, vêtue d’une robe beige Hermès et chaussée de baskets blanches. L’image d’un Hollywood contemporain qui semblait encore impossible il y a peu.

Il vous reste 59.61% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.