Pour la reprise économique qui s’annonce, les salariés réclament leur part

Ce 23 août, l’heure de la rentrée n’avait pas encore sonné que le ministre de l’économie lançait l’offensive. « Il y a un sujet dont je ne démords pas, c’est la meilleure rémunération de ceux qui ont les rémunérations les plus faibles », lançait Bruno Le Maire, inaugurant la nouvelle saison de l’émission matinale de France 2, « Les Quatre Vérités ». « La croissance doit profiter à tout le monde, sans exception, même aux plus faibles, même aux moins qualifiés, tous ceux qui ont été aux avant-postes de la crise, c’est une question qu’on doit se poser collectivement. »

Dans la tête de M. Le Maire, l’idée n’est pas nouvelle. Il l’avait déjà exprimée en janvier 2020, lors de ses vœux à la presse. La France vivait alors au rythme des manifestations contre la réforme des retraites, après des mois de mobilisation de « gilets jaunes ». « La question salariale est l’une des questions fondamentales du nouveau capitalisme », disait alors le ministre. « C’est quoi ce nouveau capitalisme ? Un capitalisme qui réduise les inégalités et garantisse à chacun un niveau de salaires décent par son travail », précisait le locataire de Bercy.

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Vingt mois et une crise sanitaire plus tard, M. Le Maire a choisi de relancer le sujet à la veille de l’université d’été du Medef, tout en annonçant la fin du « quoi qu’il en coûte ». Une façon de jeter une pierre dans le jardin des entreprises qui, depuis mars 2020, ont reçu 80 milliards d’euros d’aides publiques (hors prêts garantis de l’Etat), alors que la reprise économique se confirme : la croissance devrait dépasser les 6 % en 2021, selon les prévisions de l’Insee publiées mardi 7 septembre.

Heures supplémentaires

Certes, rappellent les économistes, malgré une chute du PIB de 8 % en 2020, les revenus des ménages ont été globalement préservés, grâce, notamment, au chômage partiel. Et le retour de l’activité permet aussi aux salariés de récupérer des heures supplémentaires et autres primes qui avaient disparu. « Les effets de la crise sur les salaires sont en voie de s’effacer », selon Fabien Guggemos, responsable de la division salaires et revenus d’activité à l’Insee. Compte tenu des aides apportées aux ménages, le pouvoir d’achat a même augmenté de 0,4 % en 2020 et devrait progresser de 1,8 % en 2021.

Oui mais, dans le même temps, les entreprises connaissent aujourd’hui une situation financière très favorable : leur taux de marge a atteint 35,9 % au premier trimestre 2021, un record depuis… 1951. Quant aux géants du CAC 40, ils ont réalisé plus de 60 milliards d’euros de profits au premier semestre, soit 41 % de plus que lors de la même période de 2019.

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