Pour le directeur général de l’Organisation internationale du travail, « il faut un consensus social pour que la transition écologique réussisse »

Guy Ryder, le directeur général de l’Organisation internationale du travail, à Pékin, en novembre 2019.

Guy Ryder est directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), une agence des Nations unies, qui regroupe les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 187 Etats membres. L’ancien dirigeant syndical britannique explique à quel prix peut se faire la transition écologique de l’économie mondiale.

L’Organisation internationale du travail travaille sur la transition écologique depuis de nombreuses années. Quel en sera le coût en termes d’emplois ?

Il est difficile de donner des chiffres dans l’absolu, car cela dépend évidemment des politiques qui seront mises en œuvre par les gouvernements. Si on se réfère aux objectifs de l’accord de Paris [conclu en décembre 2015, lors de la COP21], et en prenant comme référence 2030, on estimait que la mise en œuvre de l’accord pouvait générer 24 millions de nouveaux emplois. Auxquels on ajoutait 78 millions d’emplois liés au passage à des modes de consommation et de production durables, soit un peu plus de 100 millions, ce qui permettait de dresser un bilan positif de la transition écologique.

Mais ce qui a été fait jusqu’à présent est très insuffisant. Et si les tendances du réchauffement climatique persistent, l’OIT estime que 2,2 % du nombre d’heures travaillées dans le monde seront perdus en raison du stress thermique, soit une perte de productivité équivalente à 80 millions d’emplois à temps plein.

Selon vous, les réponses ne sont pas à la hauteur du défi ?

En effet, et un deuxième élément vient aggraver le tableau. Dans leurs réponses actuelles, les Etats ne prennent pas suffisamment en compte les politiques sociales nécessaires à la mise en œuvre de cette transition. Pour la COP26, la conférence climatique en Ecosse [elle se tient à Glasgow, du 1er au 12 novembre], cette question de la « transition juste », la dimension sociale portée par l’OIT, n’est pas assez présente.

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C’est pourtant un élément essentiel pour la réussite de la transition écologique, la décarbonation de l’économie, car les coûts sociaux peuvent en être élevés. Si aucune anticipation n’est faite, les populations réagiront négativement, et cette transition sera bloquée. Il faut un consensus social pour que cela réussisse. Sans mesures fortes d’accompagnement, les situations sur le terrain peuvent devenir dramatiques.

La question des compétences est essentielle, pour préparer les jeunes, stimuler l’innovation et pouvoir exploiter les possibilités d’emplois

Enfin, il faut dire que les 100 milliards de dollars [86 milliards d’euros], un objectif fixé par la COP21 de Paris, n’ont jamais été atteints. Or, cette question du financement de la transition écologique, du Nord vers le Sud, est essentielle. L’accord n’a pas été respecté. Si on veut que cette transition réussisse, il faut identifier les zones concernées et en répartir la charge, le coût.

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