Pour les aciéries, la facture d’électricité flambe

Dans l’usine d’acier et de métaux de l’entreprise anglaise Liberty House, à Dunkerque (Nord), en janvier 2019.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En avril, la consommation mensuelle en électricité de l’usine LME Beltrame Group, à Trith-Saint-Léger (Nord), près de Valenciennes, s’élevait à 2 millions d’euros. En septembre, la facture a doublé. « Et ça pourrait même tripler d’ici la fin d’année », s’inquiètent les codirigeants de l’aciériste nordiste, Vincent Smeeckaert et Franck Dehon. La facture mensuelle de gaz est quant à elle passée de 500 000 euros à 1 million d’euros.

Avec une consommation d’électricité annuelle de 375 gigawattheures et de gaz naturel de 260 000 mégawattheures pour alimenter son four à arc, sa coulée continue et ses deux laminoirs, l’usine créée il y a près de cent cinquante ans illustre les conséquences de la hausse spectaculaire des coûts de l’énergie ces derniers mois en Europe. Parmi les victimes de cette flambée des prix, les producteurs d’acier, et surtout ceux qui utilisent des fours électriques, font partie des industries les plus énergivores.

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Chez LME Beltrame Group, où l’on recycle la ferraille pour produire 13 000 tonnes d’acier chaque semaine, l’organisation de l’usine a été revue depuis la mi-octobre. « On doit être très flexibles et faire fonctionner l’usine quand le prix de l’énergie est le plus compétitif », explique la direction. Le volume de production a donc baissé de 20 %, avec des arrêts ponctuels en journée.

A plein régime la nuit

Désormais, de 6 heures à 22 heures, le lundi et le vendredi sont consacrés à la maintenance du site, à son entretien et à la formation d’une partie des 500 salariés pour leur éviter du chômage partiel. A l’inverse, l’usine tourne à plein régime la nuit, quand le coût de l’énergie est plus bas. « Les tarifs évoluant chaque heure, on doit être agiles, mais on a une vision assez court terme », explique le directeur général industriel Vincent Smeeckaert. Chez Nyrstar, à Auby (Nord), près de Douai, où l’on raffine le zinc, les 300 salariés vont devoir faire fluctuer la production jusqu’à − 50 %.

A Saint-Saulve, près de Valenciennes, les 300 salariés d’Ascoval continuent de produire des ronds de coulée continue, des billettes et des blooms essentiellement pour leur principal client, la SNCF, d’autant que les carnets de commandes sont pleins depuis la reprise, en août, par Saarstahl (SHS). « On n’arrêtera pas la production, surtout si la demande persiste », précise le groupe allemand.

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Mais comment fonctionner avec des factures d’électricité multipliées par trois et un prix de revient des produits augmenté de 15 % à 20 % ? Les augmentations doivent être prises en charge par les clients, explique le groupe SHS. De leur côté, les ouvriers sont « hallucinés » de voir que leur « acier vert » perd ainsi en compétitivité. « On marche sur la tête : on nous demande de faire de l’acier propre, mais on multiplie le coût de l’électricité par deux ou trois ! » tempête Nacim Bardi, délégué syndical CGT à Ascoval.

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