Pour les infirmières scolaires, la crise sanitaire a fait déborder le vase des difficultés structurelles

Les infirmières de l’éducation nationale participent à une journée nationale de grève pour protester contre la gestion par le gouvernement de la pandémiedans les écoles, à Paris, le 26 janvier 2021.

Il y a quelques jours, une lycéenne est venue frapper à la porte de l’infirmerie de Marie (le prénom a été changé), infirmière scolaire dans l’Eure. Elle a demandé un test de grossesse. En la recevant, Marie s’est maudite. La jeune fille était passée quinze jours auparavant pour demander des conseils, et éventuellement une contraception d’urgence, mais avait trouvé porte close. A ce moment-là, Marie était mobilisée pour réaliser des autotests.

Des situations comme celles-là, les infirmières scolaires estiment en avoir trop vécu cette année. Accaparées par la gestion de la crise sanitaire dans leurs établissements, elles ont souvent été contraintes de délaisser leur cœur de métier, l’accueil et l’écoute des élèves. Pourtant, elles ont vu exploser le mal-être des écoliers, collégiens et lycéens, éprouvés par les confinements successifs et l’alternance entre présentiel et distanciel. Cette situation a mis en lumière le manque de moyens structurel et les conditions de travail difficiles de la profession. Dans la rue, jeudi 10 juin, à Paris, les infirmières scolaires réclameront un recrutement massif de personnels, une revalorisation de salaires ainsi qu’une formation spécifique.

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« On n’a cessé de nous charger de tâches supplémentaires, sans prendre en compte notre mission première, à savoir l’accueil et l’écoute des élèves », dénonce Saphia Guereschi, cosecrétaire générale du Snics-FSU, syndicat majoritaire parmi les infirmières scolaires. Au cœur du système scolaire, les 7 700 infirmières de l’éducation nationale sont chargées de dépister des situations problématiques, d’effectuer un suivi des élèves, de leur fournir un accueil et une écoute, et de les orienter si besoin vers d’autres dispositifs, comme l’assistante sociale. « Nous sommes autonomes, seules face à l’élève dans des situations parfois graves, et nous ne sommes pas bien payées », poursuit Saphia Guereschi.

Selon un rapport de la Cour des comptes d’avril 2020, il y avait une infirmière scolaire pour 1 300 élèves en 2018. Ces professionnelles gagnent en moyenne 1 800 euros net par mois, d’après les chiffres établis par le Snics-FSU. Les infirmières scolaires n’ont pas été concernées par les revalorisations salariales des infirmiers hospitaliers lors du Ségur de la santé. La grille de salaire n’est pas la même : « Nous avons un retard de carrière qui peut aller jusqu’à onze ans », souligne Saphia Guereschi.

Nouvelles détresses

Cette année, les infirmières scolaires ont pourtant été sursollicitées. « Quand il y a eu des explosions de cas, on cherchait tous les jours qui était cas contact, quels élèves s’étaient croisés au cours de sport, c’était fou », se souvient Véronique (le prénom a été changé), infirmière scolaire dans l’académie d’Aix-Marseille. Ensuite sont venues les campagnes de tests antigéniques dans les lycées à partir de février, puis celles des autotests.

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