« Pour les mères de famille, la pandémie a révélé l’inertie des rapports sociaux de sexe »

Pendant la crise liée au Covid19 et les confinements, beaucoup de femmes, en particulier les mères de jeunes enfants, ont eu le sentiment d’un « retour en arrière », en raison du travail domestique supplémentaire leur incombant, explique Emmanuelle Santelli. Sociologue, directrice de recherche CNRS au Centre Max-Weber, à Lyon, elle a interrogé une cinquantaine de personnes avant la pandémie à propos de leur vie de couple. Elle a questionné à nouveau une trentaine d’entre elles durant la pandémie, dans le cadre d’un projet de recherche, pour comprendre ce que cette situation inédite a provoqué sur leur vie privée.

La pandémie de Covid-19 a-t-elle affecté les femmes d’une façon particulière ?

La pandémie a affecté tout le monde et les femmes l’ont été d’une façon toute particulière, mais j’ajoute qu’il s’agit plus précisément des mères. Les jeunes femmes en couple sans enfant ont pu vivre cette période comme « une parenthèse enchantée » : le jeune couple avait du temps pour lui, il pouvait avoir l’impression que c’était « comme les vacances », s’adonner à ses passe-temps favoris. N’oublions pas les différences selon les groupes sociaux, mais, tant qu’il n’y avait pas d’enfants, les jeunes femmes ont globalement estimé que cela ne changeait pas grand-chose en termes de répartition des tâches, qu’elle soit égalitaire ou non.

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En revanche, pour les femmes qui ont un enfant en bas âge ou plusieurs enfants, la « pression domestique » qui s’est exercée sur elles a été extrêmement forte. Pour les mères de famille, cette situation a révélé l’inertie des rapports sociaux de sexe. Une fois en situation de devoir rester à la maison, comme au moment du premier confinement ou parce que la situation de télétravail perdure, un grand nombre de femmes ont eu le sentiment d’un retour en arrière : comme les femmes des années 1950, elles devaient s’acquitter des tâches domestiques et éducatives, les perspectives professionnelles étaient reléguées au second plan…

Le confinement a-t-il également permis à certains hommes de mesurer plus concrètement ce qu’était le travail domestique et de, peut-être, favoriser un rééquilibrage ?

Des hommes se sont occupés de faire « l’école à la maison » – je pense notamment à des hommes instituteurs –, mais en dehors de ces situations plutôt marginales, cette activité a été très majoritairement prise en charge par les femmes. Et comme une grande majorité étaient aussi en emploi – soit sur leur lieu de travail, soit en télétravail –, l’organisation de la vie domestique et la charge mentale inhérente à cette dernière ont été encore plus fortes que d’habitude.

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