Pour l’Etat, la facture des PGE sera moins importante que redouté

Un restaurant, à Lyon, le 19 mai 2021.

Les quelque 140 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat accordés aux entreprises pour passer le cap de la crise constituent-ils une véritable bombe à retardement pour l’économie, en raison du risque de faillites et d’impayés ? Une note rédigée par les chercheurs de l’Institut des politiques publiques (IPP) et publiée mercredi 9 juin relativise largement les risques traditionnellement associés aux PGE. Au contraire, selon ses auteurs, cette mesure « semble avoir protégé ses bénéficiaires de faillites qui autrement auraient été inéluctables ». Et compte tenu des perspectives de reprise de l’économie, le risque de voir un grand nombre d’entreprises se trouver dans l’incapacité de rembourser leur prêt est limité, soulignent les quatre économistes signataires de la note, Laurent Bach, Nicolas Ghio, Arthur Guillouzouic et Clément Malgouyres.

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« A court terme, au moins, notre diagnostic est plutôt rassurant », résume Arthur Guillouzouic. « Certes, les prêts contractés par les entreprises ont augmenté leur endettement brut. Mais il semble que les entreprises aient massivement contracté ces prêts par précaution dans un contexte extrêmement incertain. Elles les ont plutôt utilisés comme une assurance, sans dépenser les liquidités. » Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs de l’IPP ont épluché les bilans des entreprises cotées ayant bénéficié de PGE, ainsi que ceux des entreprises ayant clôturé leurs comptes avant le 31 décembre 2020.

« Une telle ampleur »

Le caractère massif des prêts garantis par l’Etat − près de 680 000 entreprises en ont bénéficié, soit une entreprise sur trois, dix fois plus que pendant la crise de 2008-2009 −, le montant des sommes engagées et le contexte de crise peuvent en effet donner des sueurs froides aux banques, qui assument 10 % du risque, comme à Bercy, qui en assume 90 %. « Ces prêts ont pris une telle ampleur que l’on a pu craindre que pour une grande partie des entreprises, la charge de la dette devienne rapidement insoutenable », admet d’ailleurs la note de l’IPP.

Philippe Brassac, président de la Fédération bancaire française et directeur général du Crédit agricole, n’avait-il pas avait estimé, mi-janvier 2021, que 5 % à 10 % des entreprises ayant souscrit l’un de ces prêts pourraient ne pas pouvoir honorer leurs échéances ? A la mi-mai, un rapport d’information de la commission des finances du Sénat s’alarmait devant des « éventuels effets en cascade liés aux PGE », conjuguant défaillances d’entreprises dans l’incapacité de rembourser leur dette, chute des investissements et augmentation des créances douteuses pour les banques. Le scénario ultime et redouté étant qu’une crise financière vienne s’ajouter à la crise liée au Covid-19.

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