« Pour nous, il n’y a pas de hiérarchie entre un château, une église, un supermarché ou une station-service »

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Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 11h00

Si vous avez un jour traversé le Faucigny, une des provinces historiques de la Savoie, vous vous rappelez sans doute la vue majestueuse sur les sommets enneigés des Alpes, les petites bergeries typiques en pierre et en bois, les hôtels face au massif du Mont-Blanc… Mais, au-delà de cette vision de carte postale, vous avez peut-être aussi croisé, comme Eric Tabuchi et Nelly Monnier, de faux chalets qui cultivent le look vintage, des appartements pour skieurs aux allures de clapiers, un camion de kebab rouge pétard, un dépôt de télécabines…

Pour leur Atlas des régions naturelles, le duo de photographes a tout capté, sans préjugés. « Notre idée de base, c’est de faire bouger la ligne de ce qui appartient au registre du beau et du laid, souligne Eric Tabuchi. Pour nous, il n’y a pas de hiérarchie entre un château, une église, un supermarché ou une station-service. La beauté proclamée et entretenue a tendance à nous ennuyer. »

« Il y a eu plus d’images de l’Arc de triomphe emballé en deux semaines qu’il n’y en a jamais eu réalisées dans la Creuse depuis l’invention de la photographie. » Eric Tabuchi

Cela fait presque cinq années que le tandem arpente sans se lasser les petites routes de campagne de France, se fait courser par des chiens, affronte les regards méfiants des habitants qui ne comprennent pas pourquoi ces « Parisiens » viennent photographier leur vieux silo à grain. « On est comme des VRP sans clients, on roule douze heures par jour et on finit la journée avec une pizza froide dans un petit hôtel, rigole Nelly Monnier. Mais personne ne nous force, et nous avons une liberté totale. »

Depuis 2017, le duo a usé trois voitures dans ce projet complètement fou, qu’ils portent avec une foi inébranlable : photographier la France, toute la France, de façon systématique, dans ses moindres recoins. « Il y a eu plus d’images de l’Arc de triomphe emballé en deux semaines qu’il n’y en a jamais eu réalisées dans la Creuse depuis l’invention de la photographie, regrette Eric Tabuchi. Alors que 80 % du territoire français est rural. Il y a une richesse, une diversité qui est totalement occultée. »

Les régions naturelles et non administratives

Quand les deux artistes se sont rencontrés, Nelly Monnier, peintre et plasticienne, menait un projet autour de l’exploration, de manière subjective, de sa terre d’origine, l’Ain, département discret à l’écart des grandes métropoles. Le photographe Eric Tabuchi, né en France d’un père japonais et d’une mère danoise, nourrissait, lui, « une curiosité profonde pour le territoire, et aussi, avoue-t-il, une envie sans doute de légitimer [sa] présence ».

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