« Pour que ce ne soit plus un sujet » : des « rôles modèles » LGBT en entreprise

C’est lors d’un dîner avec un groupe de Texans, lorsqu’elle travaillait pour un grand groupe pétrolier, qu’Agathe Weil a eu le déclic : après avoir « louvoyé » toute la soirée pour ne pas utiliser de pronoms ou de noms féminins indiquant qu’elle vivait avec une femme, de peur de choquer ses compagnons de table, « je me suis effondrée à mon hôtel », se souvient l’actuelle directrice de la communication déléguée du groupe Foncia.

Dès le lendemain, la jeune femme fait le choix d’« assumer » : pour ne pas subir à nouveau le poids des faux-semblants, plus question de se sentir obligée de cacher son homosexualité. Quelques années plus tard, la directrice décide de candidater auprès de l’association L’Autre Cercle pour être officiellement désignée en tant que « rôle modèle » LGBT. L’objectif de cette démarche : que ses collègues, à leur tour, ne se sentent plus obligés de mentir sur ce qu’ils sont en la voyant afficher ouvertement son homosexualité.

Rarement un choix délibéré

Cette initiative a été lancée par L’Autre Cercle, qui œuvre à l’inclusion des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres au travail. La troisième édition des Rôles modèles LGBT + et Allié·e·s, organisée par l’association le 12 octobre, a ainsi mis sur le devant de la scène 94 personnalités, telle Agathe Weil. A travers cette célébration, qui s’est tenue en présence de la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances, Elisabeth Moreno, l’association veut banaliser l’homosexualité et les questions autour de l’identité de genre en entreprise.

Enquête : Article réservé à nos abonnés Au travail, l’homophobie se dévoile

Si la visibilité des personnes homo, bi ou trans dans le cadre professionnel demeure un non-sujet pour beaucoup de salariés, les témoignages, forts, qui se sont succédé en vidéo lors de cette cérémonie, montrent qu’il n’en est rien.

Un homme explique ainsi avoir caché son homosexualité à ses collègues pendant dix-huit ans. Une cadre dirigeante dans l’industrie publicitaire ne veut pas prendre le risque de faire « perdre des budgets » à son entreprise, si son homosexualité venait à se savoir. Une autre manageuse explique avoir fait son « coming out » devant ses collègues assemblés à table, après avoir entendu son N + 2 tenir des propos homophobes : « Je me suis dit : si je me tais maintenant, je ne pourrai plus jamais en parler (…) et je valide, d’une certaine manière, ses propos ».

« Afficher » ses préférences de genre en entreprise reste rarement un choix délibéré. Mais à un moment de leur carrière, tous les participants se sont retrouvés confrontés à ce dilemme : parler ouvertement de leur homosexualité ou mentir le restant de leur vie professionnelle. Lors de la cérémonie, la ministre Elisabeth Moreno a rappelé le « poids trop lourd à porter » de la dissimulation identitaire, « qui peut avoir des conséquences psychologiques et médicales ».

Il vous reste 37.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.