Pour un débat éclairé sur notre mix énergétique

Editorial du « Monde ». Le constat tiré par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport annuel publié mercredi 13 octobre est implacable. La trajectoire permettant de contenir le réchauffement climatique à 1,5 °C, comme le préconise l’accord de Paris de 2015, reste encore largement hors de portée. Si la transition énergétique vers la neutralité carbone en 2050 est effectivement amorcée, son rythme reste très insuffisant pour atteindre les objectifs que s’est fixés la communauté internationale.

A deux semaines de l’ouverture de la conférence de Glasgow sur les changements climatiques, la COP26, les conclusions du World Energy Outlook de l’AIE sonne comme un énième signal d’alarme sur la lenteur d’un processus dont la nécessité n’a d’égale que sa complexité. Si la réduction des émissions de CO2 fait désormais consensus, les modalités pour y parvenir restent à définir, y compris en France. Il s’agit de déterminer quel mix énergétique permettra de mener la transition la plus efficace pour répondre à l’urgence absolue qu’est la lutte contre le changement climatique.

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Les travaux de l’AIE comme ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat invitent à faire preuve de pragmatisme sur le sujet, car il n’existe pas de recette magique. La seule certitude porte sur la nécessité de stopper les investissements dans les énergies fossiles. Au-delà, il s’agit d’arbitrer entre des solutions imparfaites.

Les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien présentent des avantages évidents en matière d’émissions de CO2. Toutefois, leur déploiement se heurte à des limites physiques et sociétales de plus en plus prégnantes. Les terrains potentiellement disponibles pour les accueillir ne sont pas extensibles à l’infini, d’autant que les installations suscitent de plus en plus le rejet des riverains.

Le nucléaire est également très faiblement émetteur de CO2 et présente l’avantage sur les énergies renouvelables d’être « pilotable », c’est-à-dire indépendant des caprices de la météo. En revanche, le traitement des déchets radioactifs ainsi que le coût de construction et de démantèlement des installations constituent de sérieux handicaps.

Toutefois, l’AIE comme le GIEC estiment que la transition énergétique pourra difficilement se passer du nucléaire, ne serait-ce que pour accompagner l’électrification qui s’accélère dans l’industrie et les transports. La France, dont la production d’électricité provient à 67 % de l’atome, s’est fixé comme objectif de ramener cette part à 50 % en 2035. Mais, au-delà, l’avenir reste encore flou.

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Emmanuel Macron vient de poser un premier jalon avec la présentation, mardi 12 octobre, du plan d’investissement France 2030. Celui-ci prévoit notamment le financement de petits réacteurs ainsi que des ambitions dans la production d’hydrogène « vert » dans laquelle le nucléaire aura forcément sa part. Reste à trancher sur le principal, c’est-à-dire l’avenir des centrales existantes et l’éventuel déploiement de nouveaux EPR. Le chef de l’Etat doit se prononcer à partir de la fin octobre quand RTE, l’organisme garant de l’approvisionnement en électricité, publiera ses scénarios à l’horizon 2050.

Le moment est important car la France va entrer dans la campagne présidentielle. Si les candidats jouent le jeu, ce sera l’occasion de débattre et de trancher démocratiquement un sujet éminemment clivant. La question du mix énergétique touche à la fois à l’avenir de la planète, à la compétitivité de l’économie et à la souveraineté du pays. Le débat doit être à la hauteur des enjeux.

Le Monde