Pourquoi certains opérateurs télécoms comme Free et Altice se retirent de la Bourse

L’heure des adieux à la Bourse se rapproche pour Free. L’offre publique d’achat simplifiée (OPA) lancée par son fondateur Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du Monde) sur le groupe Iliad, maison mère de l’opérateur, se termine vendredi 24 septembre. Sauf surprise, il en sortira avec plus de 90 % des actions et des droits de vote de l’entité, lui permettant d’enclencher rapidement la procédure de retrait obligatoire de la cotation à Paris.

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Free s’inscrit dans les pas du groupe Altice de Patrick Drahi, propriétaire de SFR, qui a quitté la Bourse d’Amsterdam en janvier. Mais aussi de l’espagnol MasMovil et du britannique TalkTalk, qui sont sortis peu de temps avant d’être rachetés respectivement par des fonds d’investissement : KKR, Providence et Cinven pour le premier, Tosca pour le second. Coïncidence ou tendance de fond ? Une certitude : le cours des actions de la plupart des opérateurs européens s’affiche en baisse sur les cinq dernières années et les acteurs français ne dérogent pas à la règle, alors que le CAC40 a, lui, enregistré une hausse de près de 50 % sur la même période.

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En privé, la plupart des dirigeants des opérateurs prétendent que c’est le thermomètre qui est cassé. Que leurs mauvaises performances en Bourse seraient décorrélées des réalités financières de leurs entreprises. « La création de valeur dans notre secteur dans les prochaines années sera supérieure à ce que les marchés anticipent », assure l’un. « Que l’on gagne ou que l’on perde des abonnés, nos actions stagnent », soupire un autre.

Une forme d’émancipation

Toutefois, nombre de spécialistes du secteur le contestent. La croissance des revenus des opérateurs télécoms est en berne depuis des années. Le déploiement de la fibre optique et de la 5G, la nouvelle norme de téléphonie mobile, nécessite d’importants investissements, mais la concurrence les empêche d’augmenter les prix pour les amortir. Résultat : les marges restent faibles.

Cette équation ne répond pas aux exigences des marchés, qui scrutent chaque trimestre l’évolution du nombre d’abonnés et du prix moyen qu’ils dépensent, et valorisent donc nettement mieux les opérateurs américains, qui peuvent pratiquer des prix largement supérieurs aux standards européens, où la concurrence est plus intense. C’est fort de ce constat que Deutsche Telekom a décidé de monter au capital de sa filiale américaine T-Mobile, contre une montée à son propre capital du japonais SoftBank. Ce dernier détient désormais 4,5 % de l’allemand.

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Ceux qui prennent le large présentent également l’opération comme une forme d’émancipation. « Une fois sorti, tu ne te demandes pas tous les matins quel effet aura tel ou tel choix sur le cours », justifie un cadre d’Altice. Le directeur général d’Iliad, Thomas Reynaud, y voit également « une façon de donner du temps au temps ». Ce serait l’occasion d’investir, d’embaucher, de se développer à l’étranger. Cela permet aussi, plus prosaïquement, de se soustraire aux contraintes de transparence des sociétés cotées. Ou de faire l’économie de longues réunions de présentation des résultats financiers aux investisseurs.

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