Pourquoi la France subit-elle la hausse des prix de l’électricité ?

Analyse. La chose peut sembler paradoxale, contre-intuitive, disent certains spécialistes de l’énergie. Depuis l’installation de son parc nucléaire, après le premier choc pétrolier des années 1970, la France a développé son autonomie pour réduire la dépendance aux hydrocarbures du Golfe. Un investissement désormais amorti, pour un mix électrique unique en Europe : principalement du nucléaire, dans des proportions inégalées, et de l’hydraulique. Avec l’éolien et le photovoltaïque, le tout constitue un ensemble décarboné à plus de 90 %. Bien davantage que les pays voisins, où la part du charbon ou du gaz, autrement polluants, est supérieure.

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Se pose une question, forcément sensible pour le porte-monnaie : pourquoi, comme des pays voisins, la France subit-elle, en ce moment, la hausse des prix de l’électricité, alors que cette augmentation est due à une flambée européenne des cours du gaz ? Réponse : le marché. Ou plutôt ses impasses, qui compliquent d’autant plus la prise en compte de l’intérêt des usagers en même temps que celle du changement climatique. En l’espèce, le principe même du marché continental de l’électricité est celui de la vente au coût marginal. Autrement dit, les prix dépendent du coût nécessaire à la mise en route de la toute dernière centrale appelée en renfort pour répondre aux pics de demande sur le réseau électrique. S’il est question d’une centrale à charbon (en Allemagne, par exemple), ou au gaz, les prix de l’électricité s’indexeront en fonction.

Or, à l’instar d’autres matières premières, le gaz a retrouvé des sommets durant l’année en cours. Sa flambée en Europe tient à la forte reprise économique post-Covid-19, et en particulier au regain… de l’Asie. Elle devrait cesser après le premier trimestre 2022, lorsque seront passés l’hiver et les besoins en chauffage. Un autre facteur explique la hausse actuelle des combustibles : le prix des quotas européens d’émission de CO2 – ces « permis de polluer » auxquels ont droit de gros industriels – est passé du simple au double en un an.

« Risque d’explosion »

Ces éléments ne sont pas sans incidence sur le marché de gros de l’électricité, au jour le jour. D’autant que « les prix sur le marché de gros français sont corrélés aux prix des pays limitrophes, du fait des interconnexions électriques », rappelle Jacques Percebois, professeur émérite d’économie à l’université de Montpellier et spécialiste de ces questions. Le marché à terme s’envole aussi : en France, le 9 septembre, l’électricité livrable pour 2022 franchissait la barre symbolique de 100 euros le mégawattheure. Bien au-dessus du plus haut prix enregistré en juillet 2008 (93,29 euros), peu avant la crise financière.

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