Pourquoi la fusion TF1-M6 fédère les oppositions dans l’audiovisuel

Gilles Pélisson (gauche) et Nicolas de Tavernost (droite), au ministère de la culture, à Paris, en mai 2019.

Voilà six mois qu’il fait son show, mêlant charme et conviction. Le 12 octobre, le président du directoire du groupe M6, Nicolas de Tavernost, a de nouveau vanté tous les avantages qu’il y aurait à marier TF1 et M6. « Nous avons besoin de plus de moyens pour investir, notamment dans le streaming », a-t-il martelé à Médias en Seine, un salon annuel qui réunit les professionnels des médias. Un mastodonte de la télé qui pourra ainsi « investir plus d’argent dans la production, le sport… », et être en mesure de lutter contre les plates-formes américaines, a-t-il assuré.

A ses côtés, Gilles Pélisson, son homologue de TF1, a abondé dans ce sens, se plaignant de la politique des studios américains, Disney en tête, qui préfèrent conserver leurs blockbusters pour leurs propres plates-formes. Un comportement qui rend l’émergence d’un champion français plus nécessaire que jamais.

Écouter aussi M6-TF1, les dessous d’un mariage à haut risque

Ces nouvelles sorties publiques interviennent à un moment-clé dans ce rapprochement annoncé en mai. L’Autorité de la concurrence a entamé les « tests de marché », qui consistent à interroger la profession sur les conséquences concrètes de l’opération. Car ce projet de fusion, qui a déjà reçu la bénédiction de l’exécutif, cristallise les inquiétudes. On râle sans oser le dire chez Banijay, Mediawan (dont l’un des fondateurs, Xavier Niel, actionnaire à titre individuel du Monde, est candidat malheureux au rachat de M6), NRJ, Canal+, Havas, SFR…

Peur de se mettre à dos d’importants clients, d’être exclu de leurs plateaux télé ou radio, ou crainte de voir le tarif des spots publicitaires exploser, de nombreuses raisons poussent au silence. « Par principe, nous sommes pour la consolidation. Mais raconter que TF1 et M6 ensemble vont concurrencer Amazon, personne n’y croit. L’objectif semble surtout être d’affaiblir les concurrents sur le marché français », souligne Arthur Dreyfuss, le patron d’Altice Media (BFM-TV, RMC, RMC Découverte), l’un des rares à s’exprimer. Exception à la règle, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, s’y montre favorable. « Les télévisions gratuites fabriquent du commun. Je vois d’un bon œil quand Gilles [Pélisson] et Nicolas [de Tavernost] se renforcent », a-t-elle déclaré à Médias en Seine. « Elle espère obtenir des choses comme l’augmentation de la redevance ou de la pub après 20 heures », persifle un diffuseur.

Argumentaire anti-GAFA loin de convaincre

L’avenir de la publicité télévisée suscite les principales interrogations. Ensemble, TF1 et M6 pèseraient 75 % du marché télé et 98 % des écrans « premium » (à plus forte audience), d’après le document d’un concurrent consulté par Le Monde. Pour obtenir un feu vert, TF1 et M6 espèrent convaincre l’Autorité de la concurrence d’ajouter la publicité en ligne à celle télévisée, arguant qu’il s’agit d’un seul marché. En ajoutant la publicité télévisée du premier semestre de 2021 (1,6 milliard d’euros, selon le Syndicat national de la publicité télévisée) et numérique (3,8 milliards sur la même période, d’après le Syndicat des régies Internet), le duo verrait son poids fondre à 24 % du total.

Il vous reste 57.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.