« Pourquoi nous faisons des erreurs de jugement et comment les éviter » ou la necessité de revenir à la pensée de Descartes

Livre. L’erreur, c’est la quête de Daniel Kahneman. Il est le seul psychologue à avoir jamais reçu, en 2002, le Nobel d’économie pour les applications de ses recherches en matière comportementale dans la finance. Dans son best-seller, Système1 Système2, les deux vitesses de la pensée (Flammarion, 2012), il s’attachait à décortiquer l’une des principales failles de notre jugement : le biais cognitif. Parce que nous sommes trop optimistes, que nous cherchons ce qui confirme notre opinion ou que nous avons peur de perdre, notre vision des choses est biaisée. Nous inclinons alors systématiquement dans un sens.

Cette fois Daniel Kahneman s’attaque à plus difficile : l’erreur qui part dans tous les sens et qu’il appelle le « bruit ». Pour le débusquer il s’est allié avec Olivier Sibony, professeur à HEC Paris, et Cass R. Sunstein, professeur de droit à Harvard, autre spécialiste des sciences comportementales. Le bruit, c’est la variation que chaque individu apporte à son jugement en fonction de son caractère (sévère, clément) et de sa situation (heureux, triste, fatigué, en colère), qui va influer sur sa décision, largement autant que les biais. Avec des conséquences dramatiques dans des domaines comme la justice, les prévisions, le recrutement, la police, les brevets, etc. Tous domaines que l’ouvrage passe en revue avant de proposer une « hygiène » de la pensée qui consiste à revenir à un raisonnement cartésien, proche de celui que rendrait une machine. La machine meilleure juge que l’homme ? C’est le débat immense qu’ouvre ce livre passionnant et inquiétant.

« Noise. Pourquoi nous faisons des erreurs de jugement et comment les éviter », Odile Jacob, 464 pages, 27,90 euros.

« Noise. Pourquoi nous faisons des erreurs de jugement et comment les éviter », de Daniel Kahneman, Olivier Sibony et Cass R. Sunstein, Odile Jacob, 464 pages, 27,90 euros.