Pourquoi Yahoo! et « Fortnite » quittent la Chine

Le même jour, mardi 2 novembre, le portail Web Yahoo! et l’éditeur du jeu vidéo à succès Fortnite ont annoncé qu’ils débranchaient leurs services en Chine. Dans un communiqué, l’ancienne pépite du Web américaine explique que ses services n’y sont plus accessibles, une décision motivée par « l’environnement commercial et juridique de plus en plus difficile en Chine ». Un communiqué quasi identique à celui du réseau professionnel LinkedIn, qui a annoncé, jeudi 14 octobre, son départ de Chine pour les mêmes raisons.

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Tencent, le géant chinois du numérique opérant Fortnite en Chine, n’a pas donné d’explication pour sa décision. Ces départs coïncident avec l’entrée en application, le 1er novembre, d’une nouvelle loi de protection des données personnelles, particulièrement stricte. La sortie de Yahoo! est surtout symbolique : le service était peu utilisé en Chine et avait déjà fermé la plupart des ses services (courriels, information, musique…) en 2013, et ses bureaux de recherche et développement deux ans plus tard.

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Ne restaient que ses plates-formes d’information financière, sportive, et quelques médias comme TechCrunch. La plupart des grands sites Web étrangers, comme Google, Facebook, YoutTube, et beaucoup de médias sont bloqués par la « grande muraille numérique » en Chine. Ceux qui restent n’occupent que des niches, ou acceptent de se plier aux règles locales : c’est le cas de Bing, de Microsoft, qui fournit des résultats de recherche censurés, d’Apple, qui censure son magasin d’applications, et de LinkedIn, qui bloquait, jusqu’à son départ, certains profils.

Vaste campagne de régulation

Yahoo! avait été vertement critiquée aux Etats-Unis pour avoir, en 2004, fourni aux autorités chinoises les informations de dissidents, dont un journaliste condamné à dix ans de prison. L’entreprise avait été entendue par le Congrès américain, un exemple de la difficulté pour les entreprises du Web de satisfaire à la fois les autorités chinoises et celles de leur pays d’origine.

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L’adoption de la loi de protection des données, en août, s’inscrit dans une vaste campagne de régulation des géants du numérique chinois. Lancée fin 2020 avec l’annulation de l’introduction en Bourse de la filiale financière d’Alibaba, Ant Group, elle a été élargie et approfondie au point d’impliquer les régulateurs de nombreux secteurs, de la finance à la concurrence, en passant par la protection des données. Depuis, le numéro un du commerce en ligne, Alibaba, et le champion de la livraison de repas, Meituan, ont été condamnés à des milliards de yuans d’amende pour abus de position dominante.

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