« Pray Away », sur Netflix : les désirs martyrisés au nom du Saint-Esprit

John Paulk, ancien porte-parole de l’association évangélique Exodus, qui a défendu puis rejeté les thérapies de conversion, dans le documentaire « Pray Away ».

NETFLIX – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

Présenté le 16 juin au Festival du film de TriBeCa, à New York, Pray Away, de la réalisatrice Kristine Stolakis, a été mis en ligne le 3 août par Netflix sur l’ensemble de ses plates-formes. Ce film est un édifiant reportage sur les thérapies de conversion sexuelle et de genre aux Etats-Unis, où le phénomène, entretenu par des « psychologues » douteux et des Eglises aux dérives sectaires, concernerait quelque 700 000 personnes.

C’est le troisième documentaire que produit Ryan Murphy dans le cadre de son mirifique contrat avec Netflix. Il y eut Circus of Books (2019), de Rachel Mason, qui faisait le portrait d’une famille (la sienne) bien sous tous rapports mais à la tête d’un sex-shop de West Hollywood et d’un empire de production de vidéos porno gay, et A Secret Love (2020), de Chris Bolan, qui racontait le coming out d’un couple lesbien après soixante-dix années de vie commune.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le réalisateur Ryan Murphy dévoile une avalanche de projets sur Netflix

Après ces deux films plaisants, Pray Away dépeint le monde de souffrance et d’aveuglement connu par des homosexuels chrétiens des deux sexes – et parfois des personnes transgenres –, fréquentant des Eglises fondamentalistes qui leur proposent des solutions façon « méthode Coué » pour « ne pas retourner dans les ténèbres » et leur faire reconnaître que c’est « le Mal qui veut les convaincre que c’est leur identité. »

Années d’embrigadement et de souffrance

Pray Away fait aussi le portrait d’un homme qui a renversé sa transition d’homme à femme, seul membre actif de ces mouvements des « ex-gays » qui ait accepté de témoigner. Sinon, le documentaire donne la parole à des rescapés – ils se qualifient de « survivors » – de ces associations liées aux milieux politiques et religieux les plus conservateurs.

Ceux-ci, hommes et femmes, reviennent sur leurs années d’embrigadement, de souffrance et de mensonge : « Pas un seul jour de mon existence, je n’ai été honnête », dit John Paulk, autrefois porte-voix médiatisé du mouvement Exodus, marié à une lesbienne « repentie ». Jusqu’au jour où cette dernière découvre des photos d’hommes nus à leur domicile et que Paulk est photographié fuyant un bar gay où il avait été reconnu. Son épouse, toujours active dans les milieux prônant la thérapie de conversion, lui dira, avant de divorcer : « Pourquoi ne te contentes-tu pas d’obéir ? »

Lire aussi « Thérapies de conversion » des homosexuels : le gouvernement ne légifère toujours pas, les associations LGBT+ s’indignent

Yvette Cantu-Schneider, « lesbienne pratiquante » avant sa conversion, s’est fait connaître comme porte-parole salariée d’un groupe protestant fondamentaliste. Toujours mariée à un homme et mère de famille, elle travaille désormais pour une organisation lobbyiste pro-LGBTQ et se considère comme… bisexuelle.

Tout ça pour ça ? Oui, mais au prix de souffrances indicibles et de neuf années de psychothérapie. Et sans oublier ce que mentionne la fin du documentaire : « Une étude au niveau national a montré que les jeunes LGBTQ ayant subi une thérapie de conversion étaient deux fois plus enclins au suicide. »

Pray Away, documentaire de Kristine Stolakis, produit par Ryan Murphy (EU, 2021, 101 min.)