Premier Goncourt noir, Lolita, nouvelle masculinité… Nos replays du week-end

LA LISTE DE LA MATINALE

Jeanne-Claude et Christo ont passé beaucoup de temps à convaincre, négocier et financer les installations gigantesques, qui ont fait leur gloire.

Cette semaine, nous vous emmenons à la rencontre du premier lauréat noir du prix Goncourt, grand pourfendeur avant l’heure du colonialisme, dissipons un malentendu à propos de la Lolita de Nabokov, devenue une icône érotique malgré elle (et malgré lui), parcourons la vie et l’œuvre de Christo et Jeanne-Claude, couple obstiné et visionnaire, et partons explorer la masculinité post #metoo.

René Maran, précurseur de la « négritude »

René Maran ne mâchait pas ses mots sur l’indignité ordinaire des colons ignares, arrogants et cruels.

C’est un prix Goncourt oublié qui reparaît aujourd’hui, et dont le documentaire de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler raconte l’histoire, elle aussi oubliée. Batouala (Albin Michel, 272 p., 17,90 euros) – augmenté pour sa réédition d’une préface d’Amin Maalouf – fut couronné voici tout juste cent ans, le 14 décembre 1921, par le prestigieux prix littéraire. Un événement ; et un scandale. Pour la première fois, l’Académie récompensait un écrivain noir. René Maran, né à Fort-de-France d’une famille guyanaise en novembre 1887, l’emporta devant des « noms » de la littérature d’alors, Pierre Mac Orlan (La Cavalière Elsa), Jacques Chardonne (L’Epithalame)… Son ouvrage annonçait la couleur si l’on ose dire, avec son sous-titre « véritable roman nègre », et il ne mâchait pas ses mots sur l’indignité ordinaire des colons, ignares, arrogants et cruels, qui s’abîment dans l’alcool et l’inaction. L’auteur les avait bien connus et observés, qui était administrateur colonial en Afrique centrale, comme son père. S’il ne dénonce pas le fait colonial, pétri de l’idéal des Lumières et de son héros Savorgnan de Brazza (1852-1905), René Maran en épingle sans aménité les abus, les dysfonctionnements et la philosophie dévoyée. Le scandale sera à la mesure de la préface abrupte du roman, Maran taxé de mensonge, sommé de démissionner pour ce coup bas porté à l’investissement colonial. L’écrivain a semé une graine utile. Si le Martiniquais Frantz Fanon le jugera trop frileux, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, les pères de la « négritude », reconnaîtront leur dette envers Maran. Pourtant, quand il meurt, en 1960, au moment où l’empire s’effondre, il est déjà oublié. Le sage documentaire répare ce dommage même si lui aussi, en déplorant qu’on ne s’intéresse pas à l’ensemble de l’œuvre de Maran, n’en dit mot. Dommage. Philippe-Jean Catinchi

« René Maran, le premier Goncourt noir », documentaire de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler (France, 2021,52 min). Disponible sur France 3 et La1ere.fr, offre numérique outre-mer de France Télévisions.

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