Présidentielle 2022 : « Les macronistes ont compris qu’il était urgent pour eux de structurer une force politique »

Tractage de La République en marche à Paris, le 12 septembre 2021.

Dans l’effervescence de la précampagne présidentielle où chaque jour voit éclore un nouveau candidat, les grandes manœuvres engagées dans la majorité pour tenter de structurer un « grand mouvement politique central » laissent au mieux indifférent, au pire sceptique. A quoi bon un grand « machin » alors que les partis politiques sont, en France, complètement discrédités ? En outre, comment y croire alors que, depuis le début du quinquennat, les différentes composantes de la majorité – LRM, MoDem, Agir, Territoire de progrès… – s’échinent, au contraire, à faire vivre leur boutique, sans grand succès d’ailleurs ? Sous ce quinquennat, tout semble découler de la volonté et de l’action d’un homme, le président de la République, Emmanuel Macron.

Cette fois, pourtant, l’affaire parait sérieuse. A la manœuvre, deux poids lourds : François Bayrou, le fondateur du MoDem, et Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale. Les deux hommes se sont longtemps regardés en chiens de faïence. Ils coopèrent désormais ouvertement, sous le regard bienveillant de l’Elysée. Stéphane Séjourné, conseiller politique du chef de l’Etat, appelle lui aussi de ses vœux la constitution « d’un grand parti démocrate », sans toutefois s’appesantir sur les détails, tant l’affaire est sensible.

La pression que se sont imposée les acteurs est à la hauteur de l’enjeu

François Bayrou plaide pour une « coopérative » ouverte mais dont les clés seraient détenues par les deux plus anciens soutiens du chef de l’Etat : LRM et le MoDem. Venus avec « ce qu’ils sont et ce qu’ils ont », ils devraient, entre autres, en définir le cadre idéologique. Les « marcheurs », qui revendiquent à la fois leur spécificité et leur antériorité dans la fabrique du candidat Macron de 2017, rêvent, quant à eux, d’une structure d’accueil souple, adaptée aux nouvelles formes de militantisme et capable d’attirer les jeunes. Le diable se niche toujours dans les détails.

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La pression que se sont imposée les acteurs est à la hauteur de l’enjeu. Il faut aller vite, conclure cet automne, en profitant de l’atomisation du paysage politique : la droite, la gauche, l’extrême droite se divisent, eh bien ! de ce côté, ce sera l’unité et l’élargissement pour retrouver l’élan de la précédente campagne présidentielle ! Plus facile à dire qu’à faire.

Risque de guerre de successions

La manœuvre est d’abord un aveu d’échec, la reconnaissance que le mouvement présidentiel n’est pas parvenu à s’ancrer ni à se populariser durant ce quinquennat. LRM a résisté aux européennes de 2019, mais démontré sa faiblesse aux municipales de 2020 et aux régionales de 2021. Créé pour symboliser le dépassement du clivage gauche-droite, le mouvement a été d’emblée la cible de ceux qu’il voulait affaiblir sans parvenir à démonter son utilité : son identité reste floue et le poids de ses propositions marginal dans la production gouvernementale. Aujourd’hui, c’est la pérennité de la recomposition politique amorcée il y a quatre ans par le président de la République qui est en jeu.

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