Printemps de septembre : Jean-Luc Verna pose sa mélancolie en gare de Toulouse

Sous la verrière de la gare de Toulouse-Matabiau.

C’est un pioupiou qui fait la gueule ; une petite boule duveteuse avec une bouche un peu trop maquillée, bien sûr. Posé en grand sur la verrière d’entrée, il annonce l’installation de dessins de Jean-Luc Verna dans la gare de Toulouse-Matabiau. « Un autoportrait, essentiellement », s’amuse l’artiste. Pas évident pour qui ne connaît pas la créature, tatouée d’étoiles et de flammèches des pieds à la tête ! « C’était ça, ou un de mes nus, très chaste, où on voit à peine mon petit cucul ! Mais dans l’espace public, c’était plus compliqué. »

« C’était ça, ou un de mes nus, très chaste, où on voit à peine mon petit cucul ! »

Dans le hall de la gare, d’autres dessins, de paysages, ouvrent l’horizon, à la façon des panoramas d’antan qui annonçaient le départ. Mais rien de pittoresque ici ; ni ciels bleus ni montagnes enchantées : une infinie mélancolie imprègne ces images. « J’ai longtemps détesté le paysage, jusqu’au jour où j’ai eu une illumination, à un moment très difficile de ma vie. J’ai alors commencé à dessiner ces hybridations fantomatiques, qui juxtaposent les cyprès et les pins du Sud, d’où je viens, à des paysages du Nord, où j’habite. Ce sont des précipités du lieu dont je suis originaire et de là où je suis. » Sur chacun, quelques mots, pareils à des sous-titres : « Comme une bande-son, issue de titres de la musique new wave qui, depuis 1983, me ramène à la vie. Pour qui connaît ces titres, cela forme une sorte de glacis sonore. »

« Cartes postales »

Exposer ces précieux dessins, agrandis, dans une gare ? L’idée de Christian Bernard, le directeur artistique du festival, n’était pas si évidente. « Mais j’aime cette impression de cartes postales, qui est, comme tout ce qui me ressemble, obsolète, et cristallise tant de choses : une adresse à quelqu’un, quelque chose qui disparaît, un objet très commun, comme tout ce que j’ai toujours aimé revaloriser. » Lui qui a pour habitude de travailler en petit format est enchanté de découvrir une telle échelle. « Cela me donne des tas d’autres idées pour l’avenir, et cela me fait aussi comprendre qu’il n’y a pas que la déflagration intime qui importe. Je veux dire que face à mes dessins, d’habitude, on ne peut pas être dix, on est plutôt comme face à un miroir quand on se remaquille. Les voir à Matabiau, ça m’ouvre une petite case en plus. »

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En parallèle de cette invitation, Jean-Luc Verna présente une série toute récente aux Abattoirs, dans l’exposition « La Folle du logis ». C’en est fini des oiseaux qui l’ont occupé plusieurs années – « tout le monde en fait désormais ! ». Il s’attache aujourà dessiner de fascinants visages de femmes, qui s’offrent « à traverser tels des brouillards ». Comme toujours chez ce virtuose qui se méfie de son propre talent, ils semblent vouloir s’enfoncer dans le papier, surgissant pourtant d’autant mieux de cette estompe. Est-ce maquillage, ecchymose ? « Ces femmes paraissent au sortir d’une nuit d’amour ou d’une scène, quand le maquillage a glissé. On ne sait si elles pleurent, si elles viennent d’avoir du plaisir, ou sont en colère. Ce sont des Siouxsie de province, des Nina Hagen de banlieue. Elles sont à ce moment où l’on s’arrache à soi-même. » Il en parle avec une infinie tendresse, comme de cette « reine de Saint-Denis qui ressemble à Grace Jones, avec son maquillage en peinture de guerre pour affronter le regard des autres ». Un autoportrait, essentiellement ?

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