Prix Goncourt : de nouvelles règles de déontologie édictées

Les jurés du prix Goncourt à Paris, en mars 2020 : Pierre Assouline, Philippe Claudel, Patrick Rambaud, Pascal Bruckner, Didier Decoin, Camille Laurens, Francise Chandernagor, Eric-Emmanuel Schimtt et Tahar Ben Jelloun.

L’Académie Goncourt, qui a révélé, mardi 5 octobre, sa deuxième sélection d’ouvrages en lice pour le prix littéraire le plus convoité de l’Hexagone, a également modifié son règlement intérieur lors d’une assemblée générale extraordinaire. Rédigés par Françoise Chandernagor, deux nouveaux articles ont été adoptés à l’unanimité. Le premier rend inéligibles au prix Goncourt « les ouvrages des conjoints, compagnons ou proches parents des membres du jury ». Le texte précise qu’« il appartient, le cas échéant, à l’académicien concerné d’informer la société de l’existence d’une telle proximité ».

Cette nouvelle règle oblige donc les jurés, sous peine d’exclusion, à révéler leurs liens de proximité avec les auteurs en compétition. Une telle modification s’est imposée après que France Inter eut révélé, le 21 septembre, que l’autrice Camille Laurens, membre du jury et également critique littéraire au « Monde des livres », était la compagne de l’écrivain François Noudelmann.

« Respecter le secret du vote »

Le livre de ce dernier, Les Enfants de Cadillac, publié chez Gallimard, figurait dans la première sélection. Cette révélation a également été commentée de façon sarcastique par la presse anglo-saxonne. L’Académie Goncourt avait fait valoir en vain que Camille Laurens et François Noudelmann n’étaient pas mariés et que l’une vivait à Paris, l’autre à New York. Et tous les jurés avaient été mis au courant de leur relation. Mais, face au tollé, l’Académie a préféré « éviter à l’avenir ce genre de problème. Dans notre esprit, cela tombe sous le sens, on ne peut pas couronner ses proches. Désormais, c’est précisé », explique au Monde le président du jury, Didier Decoin. L’ouvrage sur la sellette a été écarté de la deuxième sélection puisque cette règle a pris effet immédiatement.

Par ailleurs, dans la mesure où Camille Laurens a critiqué de façon sévère dans les colonnes du « Monde des livres » un ouvrage de la sélection, La Carte postale d’Anne Berest, publiée chez Grasset, l’Académie a là encore modifié son règlement – elle avait également évoqué dans son feuilleton, de manière très laudative cette fois, trois autres livres en lice : La Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey) de Mohamed Mbougar Sarr, Le Voyage dans l’Est (Flammarion) de Christine Angot et La Fille qu’on appelle (Minuit) de Tanguy Viel. Il est désormais précisé que « les membres du jury qui tiennent une rubrique littéraire dans un média s’abstiennent de chroniquer les ouvrages qui figurent dans la sélection aussi longtemps qu’[ils] y figurent ». L’Académie pense ainsi mieux « respecter le secret du vote ». « Cela concerne de la même manière les bonnes ou les mauvaises critiques, précise M. Decoin. Elles seront désormais mises au réfrigérateur le temps nécessaire. » Après un rappel à l’ordre sans conséquence, Camille Laurens reste jurée du Goncourt.

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