Procès du classement 2012 des grands crus de Saint-Emilion : amende et relaxe pour deux personnalités du vignoble bordelais

A Saint-Emilion (Gironde), en septembre 2018.

Le délibéré tant attendu est venu clore, lundi 25 octobre, près de dix années de procédure. Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné Hubert de Boüard, 65 ans, copropriétaire du château Angélus, à Saint-Emilion (Gironde) à une amende de 60 000 euros, dont 20 000 euros avec sursis, pour « prise illégale d’intérêts », dans le classement des grands crus de Saint-Emilion. Egalement visé par la plainte, Philippe Castéja, 72 ans, propriétaire du château Trotte Vieille, a été relaxé.

A l’issue du dernier classement de 2012, qui récompense d’une mention « grands crus classés » ou « premiers grands crus classés » les châteaux lauréats, trois parties civiles rétrogradées, les châteaux Croque-Michotte, Corbin Michotte et La Tour du Pin Figeac avaient déposé plainte contre les deux participants, leur reprochant leur implication dans les critères d’élaboration du classement.

Lire aussi Procès du classement 2012 des grands crus de Saint-Emilion : Hubert de Boüard condamné

Lors du délibéré, le juge Denis Roucou a mis en exergue qu’Hubert de Boüard « a bien participé activement et sciemment au processus d’élaboration du règlement, alors qu’il était chargé d’une mission de service public et qu’il avait un intérêt direct et personnel dans le classement qui allait intervenir », dénonçant « des manifestations de l’entre-soi et de petits arrangements entre amis ».

Valorisation financière et notoriété

A l’issue de l’audience, Jean-Yves Leborgne, l’avocat de Philippe Castéja s’est félicité de la relaxe de son client, arguant que « le retrait qu’il s’était imposé dans les décisions qui concernaient le classement de SaintEmilion justifiait qu’il soit mis hors de cause ». Pour Eric Morain, avocat des parties civiles, cette décision est « une satisfaction et un soulagement ». Et d’ajouter : « On nous disait qu’il n’était pas possible de faire juger ce type d’affaires à Bordeaux, et il y a eu un procès. On nous disait qu’il n’était pas possible de gagner, et il y a eu une condamnation. »

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Saint-Emilion : Ausone et Cheval Blanc claquent la porte au classement

Et si le tribunal a requis 2 500 euros de dommages et intérêts en faveur du syndicat professionnel de la Confédération paysanne de Gironde, qui s’était constituée partie civile, et 1 000 euros à l’égard de chacun des trois châteaux plaignants, tout en les déboutant, Pierre Carle du château Croque-Michotte n’a pas caché sa satisfaction à la sortie de la salle d’audience. « Le but premier était de faire condamner la prise illégale d’intérêts, et c’est ce qui a été démontré par la cour », a-t-il exprimé.

Instauré en 1958, ce classement a une importance cruciale dans le Saint-Emilion. Outre la récompense qu’il prodigue, il permet une valorisation financière et une notoriété sans précédent. Révisé tous les dix ans, son règlement est élaboré notamment par le comité national des vins de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), rattaché au ministère de l’agriculture, qui valide le règlement du classement, mais aussi ses résultats.

Il vous reste 36.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.