Production en chute, clients dans le doute : les marchés automobiles déboussolés

L’industrie automobile européenne vit un septembre bien sombre. Les résultats des ventes pays par pays s’enchaînent et se ressemblent : des chutes brutales, inédites, surprenantes même. Cela a commencé avec la France, vendredi 1er octobre. Les immatriculations de voitures particulières neuves dans l’Hexagone ont affiché pour le mois de septembre une baisse de 20,5 % par rapport à la même période de 2020, soit le quatrième recul d’affilée, après – 15 % en août, – 35 % en juillet, – 15 % en juin.

Puis ce fut au tour de l’Allemagne, premier marché européen automobile, avec les données publiées mardi 5 octobre. Cette fois, les ventes ont dégringolé de 25,7 % en septembre. Moins de 200 000 véhicules neufs ont été écoulés le mois dernier outre-Rhin, du jamais vu en trente ans. Et les autres grands pays européens ne sont pas en reste : – 16 % en Espagne, – 11 % en Pologne, – 33 % en Italie, – 34 % au Royaume-Uni…

La chute est sévère mais elle est aussi inattendue, car elle se compare à une année 2020 historiquement basse. En cumul depuis janvier, l’automobile française en est à + 8 % et pourrait finir l’année à + 3 % par rapport à une année 2020 qui était descendue à des niveaux des années 1970. Quant au marché allemand, les observateurs s’attendent à ce qu’il finisse dans le rouge. « Nous estimons que 13 millions de véhicules seront immatriculés en Europe en 2021, indique José Baghdad, responsable du secteur auto chez PwC France et le Maghreb. En 2019, dernière année hors crise, le marché s’établissait à 16 millions de voitures. Il n’a pas dépassé les 12 millions l’an dernier. »

« Habituellement, le marché automobile multiplie par 3 la variation du PIB, explique Eric Champarnaud, cofondateur et dirigeant de C-Ways, société de conseil en marketing spécialisée dans l’automobile. Cela s’est vérifié en 2020. Le PIB français a baissé de 8 %, le marché auto tricolore de 25 %. Cette année, avec une croissance à 6 %, on aurait pu s’attendre à un marché à + 18 % et presque 2 millions de véhicules vendus. En fait, nous estimons que 1,7 million de voitures neuves seront immatriculées en 2021 dans l’Hexagone. Peut-être un peu moins. »

Des délais de livraison allongés

Qu’arrive-t-il au marché automobile pour avoir ainsi perdu sa boussole ? D’abord – et surtout –, une crise de l’offre sans précédent. « La pénurie de semi-conducteurs mais aussi de matières premières – plastiques, aciers – s’est encore aggravée en septembre, explique Laurent Petizon, directeur général pour la France de la société de conseil AlixPartners. A l’échelle mondiale, cette crise des puces va empêcher la fabrication de 8 à 9 millions de véhicules. »

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