Propagande électorale : Adrexo, chronique d’un fiasco annoncé

En Provence, qu’ils sillonnent en Maserati et en Porsche Cayenne de fonction, ils se sont fait une place parmi les notables. Frédéric Pons et Eric Paumier, le duo à la tête d’Adrexo, société désormais célèbre pour s’être montrée incapable de distribuer des plis électoraux lors des élections départementales et régionales, pilotent leur groupe depuis un vaste bâtiment en verre entouré d’un parc, à la sortie d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Un siège évalué il y a quelques années à 10 millions d’euros. « Pons a un bon réseau, entre élus locaux et réunions du Medef. Il est à l’aise, provocateur… Lui recherche la lumière, alors que Paumier aime les chiffres », résume une figure locale.

A Paris aussi, dans les bureaux austères de Bercy, on connaît bien les deux hommes d’affaires. Le comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), une structure chargée d’assister les entreprises en difficultés pour préserver l’emploi, est venu au secours de la société à deux reprises, en 2016 et en 2019.

Nul n’ignore là-bas la gravité de la situation financière dans laquelle se trouve le groupe spécialisé dans la distribution d’imprimés publicitaires. Son bilan comptable de 2019 montre qu’il ne survit que grâce aux apports de sa société mère − le groupe Hopps − et en ne payant pas ses dettes fiscales et sociales.

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Et pourtant… C’est à cette entreprise au bord du dépôt de bilan que le ministère de l’intérieur a confié, le 16 décembre 2020, la moitié du marché de la distribution de la propagande électorale dans 7 régions pendant quatre ans, pour un montant total de 93,8 millions d’euros TTC.

Les excuses de Darmanin

On connaît la suite : un nombre important de professions de foi accompagnées de bulletins de vote − qu’il reste encore à évaluer − n’ont pas été reçues par des électeurs avant les premier et second tours des élections de juin. Ces dysfonctionnements sont pointés du doigt comme ayant favorisé l’abstention historique. L’affaire a pris une telle ampleur que le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a présenté ses excuses aux Français et que le Sénat a créé une commission d’enquête, le 24 juin.

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Pourquoi avoir confié ce marché public à une entreprise aussi fragile financièrement ? Le ministère de l’intérieur dit s’être appuyé sur le chiffre d’affaires de 2019 déclaré par l’entreprise, à savoir « 279 406 000 euros, soit 11 fois le montant annuel des lots attribués », pour apprécier sa capacité technique. « Les personnels de distribution, au nombre de 18 000, sont des salariés en CDI, ajoute-t-on place Beauvau. Par ailleurs, Adrexo a indiqué être en mesure de mettre en place des moyens exceptionnels », notamment la mobilisation d’autres salariés du groupe et le recrutement d’intérimaires.

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