Protection de l’enfance : « La présidence d’Emmanuel Macron reste pour l’instant un quinquennat raté »

Tribune. Depuis le début de l’année, l’inceste et la façon dont nous protégeons (ou non) les enfants des violences ont fait irruption sur la scène publique, faisant passer le mur du son à des millions de voix jusque-là souvent banalisées ou niées. En France, des millions d’enfants sont victimes de maltraitances verbales, physiques ou sexuelles.

Cette semaine encore, le rapport Sauvé a montré l’étendue de ces violences au sein de l’Eglise catholique. Nous voyons depuis quelques mois une société qui, médusée, prend enfin conscience de l’ampleur des violences sexuelles que subissent des enfants, le plus souvent de la part d’un père, beau-père, frère, oncle ou grand-père.

Or, nous avons appris le report de l’examen au Sénat du projet de loi du gouvernement sur la protection de l’enfance. Plus de 300 000 enfants sont concernés. Ce projet de loi vise à mettre enfin au cœur des débats la protection des enfants placés, une occasion de faire exister dans l’espace public la question des violences sexuelles que subissent les enfants.

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Cette décision de report est incompréhensible. Professionnelles et professionnels de la protection de l’enfance, de l’éducation, de la santé, artistes et activistes, nous posons la question : le président va-t-il, avant la fin de son quinquennat, se mobiliser pour une politique de protection des enfants ambitieuse, efficace et financée ?

Droits bafoués

Nous manquons de moyens pour rendre les droits fondamentaux des enfants effectifs. Le droit fondamental de vivre en sécurité. Le droit fondamental d’être nourri et d’avoir un toit. Le droit fondamental à la santé et à l’éducation.

Ces droits fondamentaux sont aujourd’hui bafoués. Nous le voyons chaque semaine sur le terrain, par exemple :

– lorsqu’un homme agresse son beau-fils et que des hauts fonctionnaires, informés, ne préviennent pas le procureur comme ils y sont pourtant obligés ;

– lorsqu’une enfant victime d’inceste doit continuer à visiter son père criminel en prison car ce dernier a gardé l’autorité parentale, ou qu’une autre est remise à son père incestueux à ses 8 ans lorsqu’il sort de prison ;

– lorsqu’un enfant victime de violences arrive à l’hôpital avec des traces d’anciennes fractures, qu’il est soigné et remis à ses parents sans signalement ;

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– lorsqu’une enfant placée ou un mineur isolé sont logés en hôtel, ballottés d’une semaine à l’autre dans des structures qui ne sont pas habilitées, sans aucun encadrement éducatif ;

– quand, dans certains départements, entre le moment de la décision de placement prononcée par le juge et le placement effectif, il se passe dix-huit mois, mettant en danger la vie d’enfants ;

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