Quand CNews traîne des pieds pour lire un droit de réponse de Danièle Obono

La députée La France insoumise, Danièle Obono, lors d’une session de questions au gouvernement le 28 juillet 2020 à l’Assemblée nationale.

Chez CNews, c’est peu dire que la pilule a été très difficile à avaler. Et qu’il a fallu se faire violence pour s’excuser. La chaîne conservatrice, propriété de Vivendi (dont Vincent Bolloré est le premier actionnaire) a mis presque sept mois à lire à l’antenne le droit de réponse demandé par Danièle Obono. Après des mois de bataille judiciaire, Christine Kelly s’est résolue le 22 mars 2021 à ânonner à l’antenne la missive de la députée. « Votre chroniqueur Eric Zemmour a porté atteinte à mon honneur, et à ma réputation de femme noire, députée, qui mène la tête haute un combat pour l’égalité contre le racisme. » Ainsi commençait le long texte de la porte-parole de La France insoumise.

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Si la chaîne a mis si longtemps à exécuter le droit de réponse de Mme Obono, c’est parce qu’elle a ferraillé de longs mois pour l’éviter. Retour en arrière. Le 31 août 2020, Eric Zemmour lance une violente charge contre la députée, caricaturée en esclave enchaînée par Valeurs actuelles dans son numéro du 27 août. Cette « politique-fiction » publiée dans l’hebdomadaire émeut la classe politique. La députée dénonce dans un tweet cette « merde raciste » écrite par une « extrême droite, odieuse, bête, cruelle ». A l’antenne, le polémiste réactionnaire se lâche. Il l’accuse « de refuser de dire “Vive la France” à la télévision », « d’organiser des réunions interdites aux Blancs » et « de dire tout son amour pour Mohamed Merah, qui tue des enfants juifs ».

1 000 euros par jour de retard

Choquée, l’élue de la République adresse le 6 octobre 2020 par lettre recommandée un droit de réponse. Refus de CNews quelques jours plus tard, au prétexte que sa demande ne répond pas « aux exigences fixées par les lois et règlements en vigueur ». En France, le droit de réponse est prévu par la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il s’agit de permettre à toute personne évoquée par un média de pouvoir donner sa version des faits. Pour être accepté et publié par le média concerné dans les trois jours suivant sa réception, le droit de réponse doit suivre une procédure précise.

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Suite à ce refus, le 26 novembre, Danièle Obono assigne au tribunal Jean-Christophe Thiery, directeur de la publication de CNews, et la chaîne afin de faire exécuter sa demande. Victoire le 11 février 2021. Le juge des référés donne à CNews un mois pour diffuser le message dans un écran ayant « une audience équivalente à celle de l’émission “Face à l’info” ». Pas question de le cacher à 2 heures du matin. Si la chaîne ne se plie pas à la décision, elle devra verser une astreinte de 1 000 euros par jour de retard.

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