Quand Jeff Bezos, Elon Musk et George Soros ne paient pas d’impôt sur le revenu

Manifestation pour réclamer la taxation des plus riches, devant le Capitole à Washington, DC, le 17 mai 2021. Ici, un portrait de Jeff Bezos.

Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et homme le plus riche du monde, n’a pas payé d’impôt fédéral sur le revenu en 2007 et en 2011. Son dauphin, Elon Musk, n’a pas versé un centime en 2018. Cet exploit a aussi été réalisé ces dernières années par l’ancien maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg, et par le spéculateur philanthrope George Soros, qui n’a rien payé trois ans de suite. Tout ceci de manière parfaitement légale.

C’est le scoop révélé jeudi 8 juin par le site ProPublica, qui a obtenu les données, en théorie confidentielles du fisc, concernant les déclarations d’impôts des vingt-cinq premiers milliardaires américains.

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Selon ses calculs, sur la période 2014-2018, ces vingt-cinq personnes ont payé 13,6 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros) d’impôt fédéral sur le revenu. Pendant ce temps, leur fortune a progressé de 401 milliards de dollars.

ProPublica en déduit que le taux d’imposition de ces milliardaires n’est que de 3,4 %. Ce calcul ne correspond pas à la réalité fiscale légale – l’impôt sur le revenu n’est pas un impôt sur l’accroissement de la fortune – mais il met en valeur deux évidences : il n’existe pas d’impôt sur la fortune aux Etats-Unis et Joe Biden n’a pas prévu d’introduire cette mesure qui figurait au programme des candidats malheureux à l’investiture démocrate de 2020, les sénateurs Bernie Sanders (Vermont) et Elizabeth Warren (Massachusetts) ; quant aux plus-values, elles ne sont pas taxées tant qu’elles restent latentes, depuis une jurisprudence de la Cour suprême rendue en 1920.

Minimiser ses revenus

Les milliardaires voient leur fortune croître en raison de la progression en Bourse de leur entreprise. Mais tant qu’ils ne vendent pas, ils ne paient pas. Ainsi, sur la période 2014-2018, Jeff Bezos a vu sa fortune croître de 100 milliards de dollars, mais il n’a perçu « que » 4,22 milliards de dollars de revenu et il a acquitté un impôt de 973 millions de dollars (soit 23 % en moyenne).

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Toute l’astuce consiste à minimiser ses revenus. En la matière, le champion est Warren Buffett, l’homme qui estimait dès 2010 qu’il ne payait pas assez d’impôts : sur la période 2014-2018, la fortune du nonagénaire a progressé de 24,3 milliards de dollars, mais il n’a déclaré que 125 millions de revenu. Explication : sa holding, Berkshire Hathaway, ne verse pas de dividendes. Fort d’un revenu imposable dérisoire, le « sage d’Omaha », comme il est surnommé, n’a acquitté qu’un impôt de 23,7 millions de dollars.

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