Quand l’agrochimie s’invite à la Fête de la science pour parler des abeilles

Au siège de BASF, à Ludwigshafen, en février 2020.

Depuis plusieurs années, la médiation scientifique et la vulgarisation sont des terrains très courtisés par les fabricants de pesticides, désireux de communiquer sur les controverses générées par leurs produits. La Fête de la science, dont la 30e édition se déroule du 1er au 11 octobre, en offre une nouvelle illustration.

La manifestation, organisée sous la tutelle des pouvoirs publics, rassemble une série de manifestations, conférences, expositions, tables rondes et ateliers en lien avec la science et la culture scientifique. C’est dans ce cadre que se tient, samedi 2 octobre, à Lyon, une conférence avec « animations ludiques et scientifiques » sur l’abeille domestique intitulée « Dis, une abeille, ça pique ? Idées reçues et idées fortes, ce qu’il faut retenir des interactions entre les abeilles et les hommes ».

La première version du programme, publiée sur le site officiel de la Fête de la science, annonce une conférence d’une heure où, « à l’heure des débats sur la biodiversité, nous nous questionnerons sur [les] interrelations [des abeilles] avec l’homme, et nous tenterons de vous faire sortir des sentiers battus et de casser quelques idées reçues sur ces insectes passionnants ». La conférencière, Sandrine Leblond, est présentée comme « ingénieure agronome et apicultrice depuis plus de vingt ans ». Sans faire état de ce que l’intéressée est aussi salariée de BASF Agro, l’un des champions européens de l’agrochimie, où elle occupe la fonction de « responsable biodiversité » depuis 2003.

Contactée par Le Monde, Mme Leblond renvoie vers son employeur, BASF, qui assure n’avoir pas été informé de la participation de son employée à la manifestation, et n’avoir aucun lien avec celle-ci. « Nos employés sont libres de participer à des activités culturelles, sportives ou autre, sans en référer à l’entreprise », explique-t-on chez BASF.

Conflits d’intérêts non déclarés

« La personne participant à cet évènement a bien indiqué l’entreprise pour laquelle elle travaille, mais le nom de cette entreprise n’a pas été mentionné dans le programme car la personne intervient en son nom personnel en tant qu’experte (elle est apicultrice et ingénieure agronome), sans aucun lien avec l’entreprise pour laquelle elle travaille », précise-t-on au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cependant, suite aux questions du Monde, le ministère ajoute que « pour une complète information de tous, le nom de l’entreprise en question va être précisé dans le programme ».

Le site de la Fête de la science contenait ainsi, trois jours avant la manifestation, deux pages annonçant le même événement : l’une précisant l’appartenance à BASF de la conférencière, l’autre sans cette mention.

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