Quand les insultes pleuvent : être reporter par temps de manifestation

Des panneaux « Les médias sont le virus » dans une manifestation contre le passe sanitaire, à Perpignan, le 7 août 2021.

« Traité deux fois de collabo et une fois de traître en une après-midi. Des broutilles. » Samedi 28 août, pour la première fois de l’été, aucun journaliste n’a été molesté lors d’une manifestation des opposants au passe sanitaire.

Comme en témoigne ce SMS de Julien Pain, reporter pour la chaîne de télévision Franceinfo, les insultes n’ont cependant pas manqué de fuser. Mais « je ne me suis senti à aucun moment en danger. J’ai travaillé comme d’habitude », insiste celui qui préparait alors son magazine « Vrai ou fake », qui sera diffusé dimanche à 21 h 15. « Comme d’habitude », c’est-à-dire avec un agent de sécurité dans son sillage, prêt à intervenir en cas de problème.

Depuis les mobilisations contre la loi travail en 2016, et plus certainement depuis celles des « gilets jaunes », couvrir les manifestations n’est pas sans risque.

La liste des incidents, plus ou moins graves, qui ont émaillé l’été, le prouve : personne n’y échappe. Ni les journalistes des stations locales – jet d’œufs sur la vitrine de France Bleu Belfort-Montbéliard le 31 juillet, insultes proférées devant France Bleu Roussillon à Perpignan, ainsi qu’au siège de France 3 Caen le 14 août –, ni ceux de France Télévisions – coups de pied donnés à des reporters de France 2 à Marseille, le 24 juillet –, ni la presse écrite – tentative d’intrusion dans les bureaux de L’Est républicain, locaux du Dauphiné libéré tagués le 31 juillet, éparpillement de journaux devant L’Indépendant, à Perpignan, le 21 août, ni les agences de presse – crachats et insultes à deux consœurs de l’Agence France-Presse (AFP) à Paris, le 31 juillet.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Gilets jaunes : « Nous, journalistes, ne pouvons accepter de devenir les boucs émissaires de la société »

Des brutalités récurrentes, décomplexées, avec lesquelles les rédactions ont appris à composer. Jusqu’au 22 juillet, où, à BFM-TV, on a décidé de dire stop.

« Jusque-là, nous mettions un point d’honneur à ne pas parler de ces violences, car nous ne voulons pas devenir acteurs des événements, raconte Céline Pigalle, la directrice de la rédaction. Mais, ce jour-là, on s’est dit que ne pas en parler, c’était passer sous silence une composante de ces manifestations. Le grand public ne mesure pas qu’il y a cette dureté-là à notre encontre, qui n’est pas tolérable. »

Le rédacteur Igor Sahiri et la journaliste reporter d’images Philippine David, pourtant accompagnés chacun d’un garde du corps, venaient d’être pris pour cible par des antipasses rassemblés devant le Sénat, insultés et poursuivis jusqu’à devoir être exfiltrés. Une scène sidérante d’agressivité collective, spontanée et incontrôlable.

Il vous reste 76.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.