« Quand les tomates rencontrent Wagner » : aux champs avec des agriculteurs grecs « biophilosophes »

Des membres de la communauté d’agriculteurs filmée dans le petit village d’Elias en Grèce par Marianna Economou pour son documentaire « Quand les tomates rencontrent Wagner ».

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

C’est par caissons entiers que les documentaires sur l’environnement débarquent désormais sur nos écrans. Alarmistes, anxiogènes, raisonnés, opportunistes, ubiquitaires, pédagogiques, ils ne rendent pas aussi souvent qu’il le faudrait justice à la cause qu’ils défendent, quand bien même celle-ci serait parfaitement entendue. Pour cette raison, on appréciera ce modeste documentaire grec, dont la finesse gracieuse ne dépare pas la cause locale qui l’occupe. Soit Elias, petit village du centre de la Grèce, sévèrement dépeuplé (33 âmes), habité encore par de vieilles femmes qui en font subsister la chair et le souvenir.

Là, une scène surréaliste ouvre le film. Deux hommes, dont on apprendra qu’ils sont cousins, devisent sur un chemin de terre jouxtant les champs de tomates, installant des enceintes tous azimuts, en se demandant quel type de musique, de Beethoven, de Wagner ou du chant traditionnel grec, conviendrait le mieux au mûrissant confort de leurs tomates. Et tandis que s’élève dans les prés Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, on se dit que ces deux cousins sont naturellement des fous, qui ont décidé de relocaliser la culture de ces fruits à Elias et d’exporter, partout où on la demandera, la production artisanale locale sous forme d’alléchants petits pots de tomates farcies. Et quels pots ! Un kilo de tomates étant nécessaire pour en remplir un seul.

Matriarches éplucheuses

Avec eux, en soutien, un bataillon de matriarches éplucheuses qui leur ont non seulement transmis le savoir-faire, mais mettent encore avec allégresse la main à la pâte. On se parle beaucoup ici, dans ce berceau de la civilisation occidentale, et joyeusement encore, et pas forcément de graines de tomates. Du cycle de la vie par exemple, l’un des cousins rétorquant à l’autre : « Tu es en train de décrire la non-existence avec des termes existentiels. » Ou plus loin : « Nous sommes venus ici pour résoudre l’irrésolu. » Quel délice ! Qui n’aurait envie de goûter aux tomates « biophilosophiques » que fabriquent ces hommes et femmes-là ?

Mais les choses se complexifient à la faveur d’un voyage où la fine équipe visite Bruxelles, pour y mesurer ses chances de conquérir un marché cadenassé par l’industrie. Faudra-t-il remplacer le riz par le quinoa pour réussir à séduire les nouveaux palais écolos ? L’enjeu, on le comprend vite, est loin d’être uniquement local. Il y va de notre vie sur cette terre épuisée. De notre capacité à rendre ce monde plus habitable pour le vivant. Gros boulot en perspective, mais avec une phalange de choc comme celle-ci, on se dit que tout est possible.

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