Quand « usine » n’est plus un « gros mot » : en France, la lente résurrection de l’industrie

Dans l’atelier de fabrication de films réflecteur de l’usine Actis, à La Bastide-de-Bousignac (Ariège), le 28 octobre 2021.

Ce matin d’octobre, Gérald Sgobbo, élu de Villeneuve-d’Olmes, dans l’Ariège, est un maire heureux. L’usine textile désaffectée depuis plus de dix ans, qui a « structuré la vie du village », va revivre. Pas autour du textile, cette fois, mais qu’importe. Le groupe Actis, basé dans l’Aude, va y investir 31 millions d’euros pour y produire des panneaux isolants destinés au bâtiment, un produit d’avenir, transition environnementale oblige.

« Dans le village, on a compté jusqu’à 700 emplois industriels pour 1 600 habitants, raconte l’élu. La mémoire locale est marquée par l’industrie : pour les habitants, l’activité économique, c’est forcément de l’industrie. » Soucieuse de préserver cette culture, la communauté de communes s’est portée acquéreuse des bâtiments lors de la fermeture de l’usine et les a conservés en l’état en espérant pouvoir retrouver, un jour, une activité productive. C’est désormais chose faite.

Renouer avec l’industrie, relocaliser, réindustrialiser. Ce qui était presque inaudible dans les années 2000, à la suite du rêve d’une France « fabless » – avec ces entreprises sans usine, chères à Serge Tchuruk, l’ancien patron d’Alcatel –, est devenu le nouveau mantra hexagonal, scandé par les politiques, les élus locaux et les décideurs économiques avec une belle unanimité. Depuis le sommet de l’Etat jusqu’à Gérald Sgobbo, maire d’une petite commune de moins de 1 000 habitants blottie au pied des Pyrénées. « L’industrie est devenue le nouveau cheval de bataille d’à peu près tout le monde », se réjouit Alexandre Saubot, président de France Industrie.

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Que s’est-il passé ? La crise due au Covid-19 aura peut-être eu au moins une vertu : celle de faire prendre conscience aux Français, grisés par le virage du numérique ou la prééminence des services, qu’ils n’étaient plus capables de fabriquer des produits aussi essentiels que des masques, du paracétamol ou des respirateurs. « La crise sanitaire a agi comme un révélateur, explique François Blouvac, responsable du programme Territoires d’industrie à la Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts. Lors des élections régionales, pas un programme qui n’en parlait pas : dans toutes les régions, il y a une envie d’industrie, pour des questions de souveraineté notamment. On constate une vraie appétence des acteurs locaux. »

Changement d’état d’esprit

Magali Joëssel, directrice générale du fonds SPI (Société de projets industriels) chez Bpifrance – fonds qui a investi dans quelque 17 usines en six ans –, a observé avec un brin d’amusement ce changement d’état d’esprit. « Quand nous avons lancé, en 2014, ce fonds pour recréer de l’industrie, nous nous sommes heurtés à de la surprise et de l’incrédulité. A l’époque, l’industrie était très dénigrée et, nous, nous arrivions en disant des gros mots comme “usine”. Le monde de la finance nous regardait comme des animaux étranges. Depuis, il y a eu une évolution du côté des investisseurs, l’industrie a été en partie réhabilitée. »

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