Quand Vacheron Constantin rêve New York

NOUVEAUTÉ – À l’occasion de l’ouverture de sa boutique sur la 57e Rue, la manufacture genevoise a recréé sa montre American 1921, née outre-Atlantique il y a pile un siècle.

C’est une vitrine imposante au cœur de New York, à la haute façade en verre impossible à rater, avec ses vitres, ses lumières et sa décoration cuivrée en forme de croix de Malte, emblème de la maison. Au sein de ses 400 m2, les amoureux de haute horlogerie peuvent réviser les créations de la maison et admirer les pièces faisant appel aux métiers d’art les plus rares, telles les pièces uniques Les Cabinotiers. Le premier étage accueille un espace dédié à la restauration de pièces et les expositions itinérantes de Vacheron Constantin, tandis que le deuxième étage abrite un vaste atelier d’horlogerie.

Romain Levrault

Les liens entre la vénérable maison suisse et New York ne datent en fait pas d’hier: dès 1831, Jacques Barthélémi Vacheron évoquait son intention d’étendre les activités aux États-Unis. L’année suivante, la société possédait son premier agent à New York. Elle comptera parmi ses clients américains de grands noms tels que les Rockefeller, Henry et William James, le constructeur automobile James Ward Packard ou les acteurs Elizabeth Taylor ou Marlon Brando. Mais en 1921, il y a tout juste un siècle, c’est une de ses créations au design audacieux qui retient l’attention. Une pièce produite à seulement quelques dizaines d’exemplaires jusqu’à sa réédition il y a quelques années à peine: la montre coussin American 1921, réalisée spécialement pour le marché américain avec son cadran incliné, permettant de consulter l’heure mine de rien.

Romain Levrault

Cette pièce historique nous téléporte littéralement dans les années 1920, à l’aube des années folles. Elle nous ramène aussi aux premiers temps de la généralisation de la montre de poignet, qui commençait à peine à prendre le pas sur la montre de poche, jusqu’alors considérée comme plus robuste et précise. Pour célébrer les cent ans de ce modèle historique, Vacheron Constantin vient de dévoiler une American 1921 Pièce unique, une recréation à l’identique, à l’ancienne avec les outils de jadis, par les artisans de la maison, à partir des composants d’époque encore en stock. Quoi de plus naturel pour une maison vieille de plus de 265 ans?

Romain Levrault

La création de cette American 1921 Pièce unique aura mobilisé pendant une année les expertises uniques de l’atelier Restauration et du département Patrimoine de la maison. Un burin fixe de la fin du 19e siècle a permis de façonner à l’identique les éléments de la boîte. Une machine à arrondir de la seconde moitié du 19e siècle a servi à modifier le profil des dents des roues et à ajuster leur diamètre. Afin de percer la platine du mouvement, les horlogers ont dû utiliser un perce droit du 18e siècle. Pour chasser les rubis dans leurs sertissures, ils ont employé une potence du début du 20e siècle…

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Romain Levrault

Pour reconstruire le Calibre 11 lignes Nouveau qui équipe le modèle d’origine, les horlogers de l’atelier Restauration ont tout d’abord dû le désassembler et l’étudier dans ses moindres composants. Hormis pour les ponts et la platine qui ont dû être recréés, les stocks de l’atelier Restauration se seront révélés de véritables mines d’or pour les artisans qui ont ainsi pu disposer de toutes les ébauches nécessaires. La première étape aura été de prendre des mesures et des côtes de chacun des 115 composants du mouvement d’origine. Les documents d’archives consignés par le Patrimoine se sont avérés très précieux, notamment pour recréer les ponts et la platine selon les spécificités du mouvement d’époque.

Romain Levrault

Si certains composants d’époque étaient disponibles dans les stocks de l’atelier Restauration, telles la couronne et les aiguilles à l’état d’ébauche, le boîtier de 31,5 mm, selon les dimensions de l’American 1921 originelle, a été façonné par un orfèvre de l’atelier Restauration dans l’alliage d’or spécifique du modèle historique (or jaune 18K 3N), identifié à l’aide d’un spectromètre afin d’en reproduire la teinte exacte. Le cadran réalisé en émail Grand Feu aura nécessité de nombreux passages au four à une température de plus de 800°C. Il arbore les chiffres et le logo de l’époque, et de fines aiguilles type Pomme qui ont été bleuies à la main au sein de l’atelier Restauration selon les techniques manufacturières de l’époque. Côté bracelet, la boucle ardillon en or jaune a elle aussi été manufacturée dans les ateliers de restauration de Vacheron Constantin.