« Queenie, la marraine de Harlem »: Stephanie St. Clair fait preuve de sang-froid !

Extrait de « Queenie, la marraine de Harlem », d’Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy.

Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy ne donnent pas le nom du « gros studio » américain qui a acheté les droits de Queenie, la marraine de Harlem. Pas plus que, tenues à la discrétion, elles ne révèlent celui de la « très grande star » qui doit tenir le rôle principal. Mais enfin, elles ne résistent pas à la tentation de le dire : l’histoire de leur superbe roman graphique, à paraître le 26 août chez Anne Carrière, se poursuivra à Hollywood.

C’est du reste là que tout a commencé, quand les deux Françaises s’y sont rencontrées, à la fin des années 1990. Elizabeth Colomba dessinait des story-boards. Aurélie Lévy était l’assistante de l’acteur John Cusack. Depuis, la première, artiste reconnue, vit à New York, dans le quartier de Harlem ; la seconde est à Paris, documentariste et autrice. Elles racontent les origines de Queenie, la marraine de Harlem par visioconférence.

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Comme peintre, Elizabeth Colomba travaille notamment « sur les personnages noirs qui ont fait l’histoire », explique-t-elle. C’est ainsi qu’elle a découvert, il y a quelques années, celui de Stephanie St. Clair (1897-1969), Martiniquaise installée à New York. Chef de gang, dirigeant une loterie clandestine durant la Prohibition, elle était aussi proche de l’intelligentsia de la Harlem Renaissance, et une « leader » de la communauté afro-américaine. « J’ai eu envie de peindre son portrait, dit Elizabeth Colomba. Mais sa trajectoire était tellement riche que j’ai eu besoin d’un médium qui permette de la raconter dans sa complexité. » Elle en parle souvent au téléphone à Aurélie Lévy. Soutenues par l’éditeur Stephen Carrière, les deux femmes décident de mettre leur « symbiose » au service d‘un roman graphique. Les sources sur Stephanie St. Clair n’abondent pas, mais cela permet aux autrices de se l’approprier, en nourrissant le personnage de la documentation sur Harlem, le jazz, l’époque…

L’année 1933

En 2019, elles se retrouvent à New York pour mettre au point ensemble la trame du récit, qui se concentre sur l’année 1933, durant laquelle les affaires de Queenie sont menacées. « A travers cette période, on pouvait montrer la singularité de Stephanie, son intelligence de stratège, et densifier l’intrigue par des flash-back », explique Aurélie Lévy. Il s’agit aussi, poursuit Elizabeth Colomba, de « soulever des questions sociales en lien avec les différentes formes d’oppression auxquelles sont confrontés les personnages ». Quand, en 2020, le mouvement Black Lives Matter est ranimé par la mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé par un policier, « le roman a pris une autre dimension, ajoute-t-elle. On a très légèrement modifié certaines scènes afin de donner un écho au présent sans tordre les choses, mais pour montrer que les problèmes de racisme et de violences policières étaient déjà là ».

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