Quel est l’impact du numérique sur l’environnement ?

Une proposition de loi visant à réduire l’empreinte écologique du numérique doit être étudiée à l’Assemblée nationale ce jeudi. Mais quel est le véritable impact de ce secteur sur l’environnement ?

Alors que la crise sanitaire a accéléré la transformation du digital et augmenté l’utilisation des outils numériques, une proposition de loi visant à limiter l’empreinte écologique de ce secteur doit être examinée à l’assemblée ce jeudi en séance publique après avoir été adoptée par le Sénat. Selon une mission d’information de la Chambre haute, la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre en France était de 2% en 2019. Et surtout, ces émissions pourraient augmenter de 60% d’ici 2040 atteignant 6,7% des émissions totales en France (par comparaison, la part du transport aérien est de 4,7%).

Dans le détail, d’où viennent ces émissions ? «Les utilisateurs du numérique oublient souvent que les échanges numériques dits «dématérialisés» ne peuvent exister qu’en s’appuyant sur un secteur bien matériel composé de terminaux, de centres informatiques et de réseaux», notent les sénateurs.

D’abord, la majorité de ces émissions qui ne se voient pas vient des terminaux (téléphones portables, ordinateurs, télévisions, consoles de jeux, enceintes connectées etc.). La production et l’utilisation de ces objets numériques sont à l’origine de 81% des émissions françaises du secteur. Cette part importante dans l’impact environnemental du numérique s’explique principalement par la phase de fabrication qui nécessite des opérations très consommatrices d’énergies comme entre autres, l’extraction de minéraux. En France, cette seule phase de fabrication représente 70% de l’empreinte carbone du numérique alors que dans le monde, elle correspond à un peu moins de 40% selon une étude du think thank The Shift Project. Cette différence vient du fait que la fabrication des produits utilisés en France est largement délocalisée dans les pays d’Asie du Sud-est où l’intensité carbone de l’électricité est bien plus importante. Alors que la durée de vie d’un smartphone est aujourd’hui de vingt-trois mois, «une limitation du renouvellement des terminaux est indispensable», conclut le rapport sénatorial.

Des data centers particulièrement énergivores

Viennent ensuite les émissions liées aux centres informatiques d’hébergements des données, les fameux data centers. Quoique moins importantes, elles représentent néanmoins 14% des émissions du secteur en France. Le stockage de données nécessite une forte consommation d’eau. Il est aussi particulièrement énergivore. Il atteint dans le monde 30% de la consommation d’électricité du numérique. Cette fois-ci encore, l’hébergement des données françaises est largement délocalisé. Si certaines grandes entreprises du numérique ont annoncé vouloir verdir la consommation électrique de leurs centres de stockage, les sénateurs français voudraient «inciter à l’installation de data centers en France» où l’énergie, avec la part importante du nucléaire, est peu carbonée.

Enfin, les réseaux informatiques produisent quant à eux 5% des émissions de gaz à effet de serre du numérique. Un chiffre non négligeable qui inclut la production des équipements (routeurs, antennes-relais, serveurs etc.) ainsi que leur consommation électrique.

50 milliards d’objets connectés en 2025

Le véritable enjeu de la pollution du numérique se situe donc essentiellement dans la fabrication de nos outils du quotidien. D’après une étude menée par Green.it publiée en septembre 2019, si le nombre d’équipements classiques dans le monde va continuer d’augmenter ces cinq prochaines années, ce sont surtout les objets connectés qui vont connaître un boom à la vente dans le monde, passant de 20 milliards en 2020 à plus de 50 milliards en 2025. D’autres objets du quotidien pourraient également accroître leur part dans l’empreinte carbone du numérique, comme les télévisions par exemple, notent les auteurs, avec un renouvellement important du parc pour un agrandissement de la taille de l’écran – 50 cm de diagonales en 2010 à 1,6 m en 2025.

Le deuxième enjeu est celui de la consommation d’énergie du numérique. Selon les chiffres de l’ADEME publiés en janvier, le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10% de la consommation mondiale d’électricité. L’explosion du volume des données avec notamment la croissance exponentielle du streaming vidéo participe entre autres à cette forte consommation énergétique. Encore faut-il savoir d’où vient cette énergie, si elle est française ou non et le degré de son empreinte carbone. La mission d’information du Sénat note ainsi que 80% des émissions liées au numérique sont produites à l’étranger.

La proposition de loi adoptée par le Sénat contient en ce sens deux priorités majeures. Dans un premier temps l’objectif est de prolonger la durée de vie de nos téléphones, ordinateurs et autres outils numériques. «Il nous faut pour cela renforcer la filière du reconditionné et réduire l’obsolescence logicielle», détaille Vincent Thiébaut, député (LREM) rapporteur de la loi. Dans un second temps, «il faut faire un travail de pédagogie sur la sobriété numérique, en un mot, apprendre à se déconnecter», continue-t-il, pour limiter la consommation énergétique. Ce texte de loi constituera, s’il est adopté par l’Assemblée nationale, un tout premier cadre législatif en la matière.