Quentin Tarantino : « Je ne veux pas donner l’illusion d’un livre “littéraire” »

Le cinéaste Quentin Tarantino au Festival de Cannes, en 2019.

Depuis une décennie, Quentin Tarantino annonce qu’il arrêtera sa carrière de metteur en scène après son dixième film pour se consacrer à une plus discrète activité d’exploitant de salles de cinéma et d’écrivain. En 2019, il a réalisé, avec Once Upon a Time… in Hollywood, son neuvième long-métrage, dont il propose une « novélisation » avec son premier roman, Il était une fois à Hollywood.

La novélisation reste un genre ingrat en France, sans reconnaissance littéraire. Elle a d’évidence un statut différent aux Etats-Unis. Pourquoi avoir choisi ce genre pour votre premier roman ?

Les novélisations restent les premiers livres d’adultes dont je me sois emparé. Je me suis mis à relire depuis deux ans les livres de ma bibliothèque. C’était, pour beaucoup, des novélisations. Je me suis dit que ce serait une bonne idée d’en écrire une de Reservoir Dogs [1992], je voyais bien le roman placé dans les rayons des livres policiers.

Puis j’ai pensé à mon film le plus récent. J’avais laissé de côté un matériel considérable après avoir terminé le scénario de Once Upon a Time… in Hollywood, au point que, pour retrouver des éléments de biographie de mes deux personnages principaux, Rick Dalton, la star de cinéma, et Cliff Booth, sa doublure et cascadeur, il me suffisait de reprendre mes notes.

Comment expliquez-vous que la plupart des novélisations soient mauvaises ?

C’est très simple. En général, l’auteur n’a accès qu’au scénario de travail, puisqu’il doit écrire son livre alors que se déroule le tournage.

Cela dit, il y a des contre-exemples. Samuel Fuller a écrit les novélisations de plusieurs de ses films, dont Police spéciale [1964] et Au-delà de la gloire [1980]. Un auteur aussi prestigieux qu’Anthony Shaffer a pu s’emparer de la novélisation de The Wicker Man [de Robin Hardy, 1973], qui est remarquable. Dans ce cas, l’écrivain, qui avait aussi écrit le scénario, trouvait une chance de transcender un film, peut-être jugé décevant en raison de sa mise en scène ou de son casting, pour y placer ce qu’il n’avait pu y mettre.

Lire l’entretien avec Quentin Tarantino (2019) : « Hollywood a toujours été un monde clos »

Mon auteur favori de novélisation s’appelle John Minahan, il en a écrit six ou sept, dont celle d’un de mes films préférés, Sorcerer, de William Friedkin [1977], le remake du Salaire de la peur, d’Henri-Georges Clouzot [1953]. Minahan choisissait les films dont il pensait qu’il pourrait tirer un bon roman. Souvent, dans une novélisation, les meilleures scènes d’un film ressortent mal sur la page. Mais la manière, par exemple, dont il décrit le morceau de bravoure de Sorcerer, un camion traversant, sous une pluie diluvienne, un pont sur le point de s’affaisser, est vraiment excellente.

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