Qu’est-ce que le Mawlid ou fête de la nativité du Prophète ?

Des feux d’artifice à l’occasion de la fête du Mawlid, Sanaa, Yemen, 17 octobre 2021.

Appelée « Mawlid ennabawi », littéralement « naissance du prophète », elle est fêtée le douzième jour de Rabi al-awwal, troisième mois du calendrier musulman. Dénommée aussi « Aid al Mouled » au Maghreb et en Afrique, « Mawlid an Nabi », « Milad an-Nabi » en Egypte, « Mevlid Kandili » en Turquie ou encore « Gamou » au Sénégal, cette fête est célébrée dans toutes les communautés musulmanes du monde, aussi bien sunnites que chiites.

Mais, contrairement aux grandes fêtes canoniques que sont les deux Aïd (Aïd el-Fitr et Aïd el-Adha), le Mawlid est sujet depuis des siècles à controverse quant à sa légitimité théologique : certains docteurs rigoristes de la loi la considèrent comme une innovation blâmable (bid’ah), quand d’autres voient dans cette célébration une innovation louable ainsi qu’une opportunité pour méditer sur la vie du Prophète et redoubler d’actes charitables sur les pas de l’« exemple vertueux » incarné par Mahomet.

Des origines incertaines

A l’instar de Noël, célébrant la nativité de Jésus, le Mawlid n’a jamais été fêté du vivant du Prophète, ni par ses compagnons, ni par les musulmans des premiers siècles.

L’évocation la plus ancienne du Mawlid, sans qu’on puisse toutefois parler de célébration à proprement parler, nous renvoie au « lieu béni » (la maison du Prophète) qui ouvrait ses portes au public chaque lundi du mois de Rabi al-awwal. Selon les historiens du VIIe siècle, le jour du Mawlid, les fidèles ne s’adonnaient traditionnellement à aucune activité commerciale et s’empressaient de visiter le lieu de naissance du Prophète. Ce jour-là, la Kaaba (le sanctuaire de La Mecque), ouverte au public, était visitée.

Ces éléments sont confirmés au VIIIe siècle par le voyageur Ibn Battûta, lequel mentionne la distribution, en ce jour, de nourriture sous forme d’offrandes (sadaqat) aux descendants du Prophète ainsi qu’à tous les habitants de La Mecque.

Du chiisme au sunnisme

Les premières traces concrètes de cette célébration se trouvent dans la tradition chiite, sous la dynastie des Fatimides. C’est en effet dans l’Egypte fatimide du XIe siècle que naît la tradition de commémorer la naissance du Prophète. Il s’agit d’une fête palatine destinée exclusivement à l’élite religieuse et politico-militaire. Les Fatimides avaient l’habitude de célébrer les anniversaires de la maison du Prophète (Ahl al-Bayt) : le Prophète, son cousin et gendre Ali, sa fille Fatima, ses deux petits-fils Hassan et Hussein, ainsi que le souverain en exercice (descendant lui aussi d’Ali, dont il tire sa légitimité).

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