Qu’est-ce que le syndrome de Guillain-Barré, associé au vaccin Johnson & Johnson ?

FOCUS – Sur près de 12,5 millions de doses administrées, l’Agence américaine du médicament a recensé 95 cas graves et un décès dû à cette maladie rare auto-immune.

Alors que les pays occidentaux poussent leur population à se faire massivement vacciner, l’Agence américaine du médicament (FDA) a alerté lundi 12 juillet contre un «risque accru» de développer le syndrome de Guillain-Barré après avoir reçu le vaccin contre le Covid-19 de Johnson & Johnson. Pour l’heure, les autorités américaines ont identifié 100 cas rapportés ayant développé cette rare atteinte neurologique, sur près de 12,5 millions de doses administrées. 95 d’entre eux sont touchés par une forme grave et ont dû être hospitalisés et une personne est morte. Fin juin, le syndrome avait également été détecté en Inde, chez sept personnes qui avaient toutes reçu une première dose du vaccin AstraZeneca. Des signalements similaires avaient également été faits par l’hôpital universitaire de Nottingham, en Angleterre. Le lien de cause à effet entre symptômes et vaccin n’a pour autant pas été précisément établi.

«Les chances que cela se produise sont très basses et le taux de cas rapportés ne dépasse le taux de base dans la population générale que d’une faible marge», a tenu à rassurer l’entreprise pharmaceutique Johnson & Johnson dans un communiqué. De son côté, la FDA a assuré qu’elle «continuait à trouver que les bénéfices [du vaccin] l’emportaient clairement sur les risques potentiels». Mais quelles sont les caractéristiques de ce syndrome, dont le lien a déjà été établi avec le virus Zika, qui avait frappé l’Amérique du Sud et notamment le Brésil en 2016 ?

  • A quoi s’attaque-t-il ?

Sur son site Internet, l’Organisation mondiale de la Santé décrit le syndrome de Guillain-Barré comme «une affection rare dans laquelle le système immunitaire du patient attaque une partie du système nerveux périphérique». Concrètement, cette maladie auto-immune peut atteindre les nerfs qui commandent les mouvements musculaires, ainsi que ceux qui transmettent les sensations thermiques, tactiles ou de douleur, et entraîner une faiblesse musculaire ou une perte de sensation dans les bras et/ou les jambes.

  • Qui touche-t-il ?

Le syndrome de Guillain-Barré est une maladie rare. Il peut toucher les personnes de tout âge mais demeure plus fréquent à l’âge adulte et chez les sujets de sexe masculin. Aux États-Unis, cette maladie affecte entre 3.000 et 6.000 personnes par an. Selon la revue américaine Science, c’est du syndrome Guillain-Barré qu’était sans doute atteint le président Franklin Delano Roosevelt, et non de la poliomyélite, comme avancé à l’époque. Le cardinal et ancien archevêque de Paris André Vingt-Trois l’a aussi contracté, vraisemblablement comme Alexandre le Grand.

  • Quels symptômes ?

L’OMS se veut rassurante : «Les symptômes durent généralement quelques semaines et la majorité des patients se rétablissent sans présenter de complications neurologiques graves à long terme». Ils peuvent néanmoins être particulièrement handicapants. Tout commence par une faiblesse ou des picotements au niveau des jambes, qui peuvent par la suite se développer dans les bras et le visage. Chez certains patients, ces symptômes peuvent ensuite dégénérer en paralysie. Chez 20 à 30% des sujets, les muscles thoraciques peuvent également être atteints, provoquant des difficultés respiratoires. Chez les cas les plus graves, la capacité à parler et à déglutir peut également être touchée. Ils doivent alors être traités dans des services de soins intensifs.

Si la plupart des malades se rétablissent pleinement, l’OMS note néanmoins qu’une faiblesse peut persister chez certains. Enfin, le taux de mortalité des patients atteints du syndrome s’élève de 3 à 5%, souvent à la suite de complications (paralysie des muscles respiratoires, septicémie, embolie pulmonaire, arrêt cardiaque…).

  • Quelles causes ?

Si le syndrome de Guillain-Barré est principalement déclenché par une infection bactérienne ou virale, il peut également – plus rarement – être dû à la vaccination, ce qui semble être le cas avec l’injection de Johnson & Johnson. Mais également à une intervention chirurgicale.

  • Quels soins et quel traitement ?

Potentiellement mortelle, cette maladie nécessite une hospitalisation, afin de bénéficier d’un suivi étroit. La respiration, le rythme cardiaque et la tension artérielle du patient y sont notamment surveillés, tandis que les cas atteints de difficultés respiratoires sont placés sous ventilation assistée. Les malades doivent également faire l’objet d’un suivi constant, pour détecter les complications éventuelles : fréquence cardiaque anormale, infection, thrombose, hypertension ou hypotension.

Pour l’heure, il n’existe aucun traitement curatif contre le syndrome de Guillain-Barré. Certaines thérapies existent néanmoins, et permettent de soulager les symptômes ou de réduire la durée de la maladie. Sa phase aiguë est généralement traitée par immunothérapie, par une plasmaphérèse visant à éliminer les anticorps du sang, ou par l’injection d’immunoglobulines intraveineuses. Des services de rééducation peuvent également être mis en place si des faiblesses musculaires persistent.

  • Quels précédents ?

Avant l’alerte de l’Agence américaine du médicament concernant le vaccin Johnson & Johnson, 11 personnes ont déclaré des paresthésies, une sensation de fourmillement de faiblesse bifaciale en Inde et en Angleterre, à la suite d’une première injection du vaccin AstraZeneca, indiquait Futura fin juin. En novembre 2009, un cas « probable » du syndrome de Guillain-Barré avait également été signalé en France après une vaccination contre la grippe H1N1.

En mars 2016, un lien avait été établi entre le syndrome de Guillain-Barré et le virus Zika, qui a sévi en Amérique du Sud, et principalement au Brésil, cette année-là. Une hausse du nombre de cas touchés par cette maladie avait été constatée en 2013-2014 en Polynésie française, lors de la première épidémie de grande ampleur de Zika, avec 42 syndromes de Guillain-Barré en 16 semaines, contre trois à dix habituellement. Des chercheurs français, réunis sous la houlette de l’infectiologue Arnaud Fontanet, avaient officiellement établi un lien et publié les résultats de leur étude dans la revue The Lancet.