« Qui ne dit mot ne consent pas », sur France 2 : l’émission « Infrarouge » à l’écoute des mineurs sexuellement agressés

Audrey, violée à 14 ans par son entraîneur d’équitation, témoigne dans le documentaire de Karine Dusfour, « Qui ne dit mot ne consent pas ».

FRANCE 2 – MERCREDI 8 SEPTEMBRE À 23 H 00 – DOCUMENTAIRE

« Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? », écrit Vanessa Springora dans Le Consentement (Grasset, 2020). Telle est la question que pose le documentaire de Karine Dusfour, au titre explicite : Qui ne dit mot ne consent pas. Sa diffusion sera suivie d’un débat animé par Marie Drucker avec Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’enfance et des familles, et Me Marie Grimaud, avocate pénaliste spécialiste des violences faites aux mineurs, avocate de l’association Innocence en danger.

Après avoir exploré le traitement judiciaire du viol (Viol, double peine, 2012), la prescription et l’amnésie traumatique (Viols sur mineurs : mon combat contre l’oubli, 2017, avec Flavie Flament), la difficulté des enfants à révéler les violences (Bouche cousue, 2020), la documentariste poursuit la réflexion sur le supposé consentement des mineurs victimes de violences sexuelles. Ont-ils le pouvoir de dire non à un adulte ?

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« On interroge toujours l’attitude de l’adolescent, il m’importait donc de faire entendre leur version de l’histoire, de mettre leur parole au centre du cadre », explique Karine Dusfour, qui s’appuie sur ces mots de Vanessa Springora : « Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger, mais la sienne. » Son film déroule l’œuvre du temps, qui finit par révéler que l’histoire d’amour à laquelle on pensait avoir consenti était surtout un continuum de violences, destructeur.

« Observer les signes »

Six personnes racontent leur relation avec un majeur alors qu’elles avaient entre 8 et 14 ans. « On m’explique que c’est normal, alors je le crois. Parce que c’est quelqu’un en qui j’ai confiance », explique Audrey, violée à 14 ans par son entraîneur d’équitation. « Est-ce que je ne suis pas en train de le trahir ? », s’interroge Nicolas, à l’évocation du procès, en 2019, contre le chef de bassin de la piscine municipale qui l’a agressé sexuellement à partir de l’âge de 8 ans.

« J’étais obsédée à l’idée de me sentir spéciale », se souvient Anouk, qui avait 14 ans lorsque son prof d’histoire-géo l’a contrainte à avoir des rapports sexuels, à grand renfort d’attentions ostensibles et de « louanges invraisemblables », selon l’expression de l’ex-journaliste Francesca Gee, autrice de L’Arme la plus meurtrière (à paraître le 28 septembre en autoédition), où elle relate comment elle fut agressée sexuellement et harcelée par Gabriel Matzneff, comme Vanessa Springora. « Tout le monde autour de moi trouvait ça génial, donc je ne pouvais pas me plaindre », se souvient-elle.

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Changer collectivement de regard, « se mettre à la hauteur des adolescents, observer les signes », le documentaire est un encouragement à prendre la parole pour que la peur et la honte changent de camp. « Après avoir vu La Consolation, le téléfilm sur l’histoire de Flavie Flament, et notre documentaire, la patineuse Sarah Abitbol a accepté de parler, dit Karine Dusfour. Et c’est en l’entendant qu’Audrey a accepté de me parler. »

Après la prise de conscience provoquée par l’ouvrage de Vanessa Springora et celui de Camille Kouchner (La Familia grande, Seuil, 206 pages, 19 euros), la loi adoptée le 15 avril fixe désormais le seuil automatique de non-consentement à 15 ans.

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Qui ne dit mot ne consent pas, documentaire de Karine Dusfour (Fr., 2021, 75 min). Diffusé dans le cadre de l’émission « Infrarouge », disponible sur France.tv.