Rægular, « régleur de problèmes visuels » du rap francophone

Pochette de l’album « Oxyz », de Squeezie, élaborée par Rægular.

Son style inventif, épuré et coloré tranche avec l’imagerie répétitive et souvent grossière associée au rap. Samuel Lamidey, dit Rægular, discrètement installé dans son atelier près de la place de Clichy, à Paris, a signé ces dernières années quelques-unes des pochettes d’album les plus originales du rap francophone. Le designer graphique y tient : il « change d’univers à chaque projet ». Pour Georgio, il a élaboré récemment en complément de son opus Sacré (2021) un livre élégant et fourni. Pour l’album Flip (2017), il s’est improvisé à la fois photographe et maquilleur de Lomepal. En cohérence avec le principe de compilation, Alpha Wann lui a demandé pour la Don Dada Mixtape vol. 1 (2020) un objet « pas cher, qui puisse se passer de main en main ». A l’inverse de Nekfeu qui, pour Les Etoiles vagabondes (2019), imaginait avec lui un format physique sophistiqué pour coller à la thématique cosmique de l’album.

Depuis un peu plus de cinq ans, Rægular mélange les disciplines et modernise le registre éprouvé de l’esthétique d’un disque. S’il se souvient de « marqueurs » surtout américains, avec des pochettes comme celles d’Illmatic (1994), de Nas, du premier Wu-Tang Clan ou de Doggystyle de Snoop Dogg (1993), le graphiste puise ses influences plus loin. Ce passionné « de musées, de cinéma et de musique » en général, entré sans le vouloir dans le rap, s’inspire surtout de graphistes qui touchent « à la culture au sens large ».

Pochette et présentation sous sachet de l’album « Les Etoiles vagabondes », de Nekfeu, élaborée par Rægular.

Ainsi la structure Hipgnosis, collaborateur historique du groupe britannique Pink Floyd, Peter Saville – les iconiques et mystérieuses ondes de Joy Division, c’est lui –, ou MM, agence parisienne qui a notamment travaillé avec Björk et Kanye West. Des créateurs, glisse-t-il, « qui ont poussé l’art très loin en réalisant des pochettes qui ne ressemblent pas à des pochettes ». Lui, humble et réfléchi, ne se considère pourtant pas comme un artiste, au mieux comme « un régleur de problèmes visuels ». Rægular a déjà développé en une brève carrière une identité forte. Mais, tout en louant ce trait chez ses modèles, il se défend d’être reconnaissable : « Je me suis toujours dit que si j’avais un jour une patte, c’est que je tournerais en rond. »

L’alchimie opère

Des Arts déco, qu’il intègre après deux tentatives avortées en étant sûr « à 99 % » de vouloir opter pour le graphisme, il retient que son travail « dépend d’un commanditaire, qui indique s’il aime ou pas le résultat. S’il n’aime pas, ma production n’existe pas. Je suis là pour répondre à des attentes. » Alors qu’on vient chercher ceux qu’il admire précisément « parce qu’ils sont des artistes », Samuel Lamidey veille avant tout à donner « du sens aux images. Il faut qu’il y ait un dialogue, une rencontre, que le client comprenne ce que tu fais mais que tu comprennes aussi ce qu’il veut ».

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