Ramallah souhaite maintenir ses seniors autonomes et actifs

Feletcia Adeeb, directrice du Forum of Expertise, à Ramallah.

La capitale administrative de l’Autorité palestinienne, en dépit d’un contexte douloureux, est finaliste de l’initiative Wellbeing Cities 2021 (Prix Mieux vivre en ville 2021). Elle développe une politique résiliente en faveur de la santé et de l’autonomie des personnes âgées. Feletcia Adeeb, directrice du Forum of Expertise, un centre innovant répondant aux besoins des seniors et qui les incite à être créatifs, en explique la finalité.

En quoi consiste la politique que vous développez en faveur des seniors ?

L’initiative Vieillissement actif a été lancée il y a moins de trois ans par la municipalité de Ramallah. Elle s’est inspirée du slogan « Leave no one behind » (« ne laissons personne de côté »), promu par l’agenda onusien des objectifs de développement durable pour 2030. La ville a pris conscience du fait que même si de nombreux projets citoyens existaient, les seniors avaient tendance à être un peu oubliés. D’où l’idée de lancer ce programme avec un centre appelé Forum of Expertise, afin de leur donner la possibilité de s’engager dans des activités physiques et intellectuelles qui les maintiennent en forme et leur permettent de rester autonomes.

S’agit-il du seul centre de ce type en Palestine ?

Oui, son approche est unique. Il existe, certes, des maisons de retraites où les personnes âgées peuvent être logées ou des centres d’accueil de jour. Notre centre est, lui, un lieu communautaire qui répond aux besoins des seniors et qui les incite à être créatifs. Ainsi, nos membres ne se contentent pas de suivre passivement des activités. Ils les pensent et les mettent en place. Nous sommes fiers de dire que Mme Suad Sifri, qui enseigne bénévolement la broderie, est âgée de 86 ans, et que M. Kamal Shamshoum, qui est professeur de sport, est quant à lui âgé de 80 ans ! Aujourd’hui, nous comptons 386 membres, mais, avec le bouche-à-oreille, le nombre ne cesse d’augmenter.

Comment expliquer une telle demande ? Est-ce dû à une moindre solidarité familiale entre les générations ?

Il est vrai que, traditionnellement, dans les villages, les personnes âgées vivent sous le même toit que leur famille élargie. Et qu’elles peuvent bénéficier du soutien de leurs enfants. En revanche, dans les centres urbains, la vie change. Vieillir en ville peut s’accompagner d’un certain isolement lorsque les enfants grandissent et quittent le foyer. La plupart de nos membres vivent soit en couple, soit seuls parce qu’ils sont divorcés ou qu’ils ont perdu leur conjoint(e). De surcroît, les gens ne se préparent pas forcément à la retraite – qui, en Paslestine, se prend à 60 ans, voire jusqu’à 65 ans –, ce qui peut avoir des conséquences dramatiques.

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